Poème
Quand par le dur hiver...
par Jules VERNE
Quand par le dur hiver tristement ramenée La neige aux longs flocons tombe, et blanchit le toit, Laissez geindre du temps la face enchifrenée. Par nos nombreux fagots, rendez-moi l'âtre étroit ! Par le rêveur oisif, la douce après-dînée ! Les pieds sur les chenets, il songe, il rêve, il croit Au bonheur ! — il ne veut devant sa cheminée Qu'un voltaire bien doux, pouvant railler le froid ! Il tisonne son feu du bout de sa pincette ; La flamme s'élargit, comme une étoile jette L'étincelle que l'oeil dans l'ombre fixe et suit ; Il lui semble alors voir les astres du soir poindre ; L'illusion redouble ; heureux ! il pense joindre A la chaleur du jour le charme de la nuit !
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Fleur de mémoire --------------- Formes, couleurs et voix, du passé ramenées Quand les doigts de la pluie résonnent sur le toit, Figure d’autrefois faiblement dessinée Par un esprit songeur, est-ce moi, est-ce toi ? C’est une lettre aussi, jadis acheminée Vers une autre maison ; et certains soirs, je crois La trouver sur la chaise ou sur la cheminée, Sur la table de nuit, ou dans d’autres endroits. La mémoire connaît les avoirs et les dettes ; Les divers éléments qu’elle garde ou rejette Sont tenus par ce fil qu’au labyrinthe on suit, Et ceux que l’on croirait d’une importance moindre Des plus graves d’entre eux ne se peuvent disjoindre, Cent mille souvenirs ont dansé dans la nuit.
Oisif bipède --------- J’ai de fort paisibles manières, Je suis un tranquille glandeur ; Jamais un rêve de grandeur Ne germera sous ma crinière. Ainsi qu’une lente rivière, Ma vie coule au petit bonheur ; Je ne suis pas couvert d’honneurs, Ni guidé par aucun bréviaire. Je suis faible, car je suis vieux, À la retraite, et c’est tant mieux. Ma substance est bien peu durable. De ce sonnet je suis l’auteur, Et d’autres textes comparables ; Un très modeste créateur.
Monstre froid -------- Je suis un démon sans audace, De quoi me sert ma liberté ? Je suis un démon tourmenté, Je ne me sens pas à ma place. Je ne sais comment faire face À toutes ces complexités ; J’ignore le subtilités De ces temps de flamme et de glace. J’aimerais être un poisson blanc Aux gestes vifs, aux nobles flancs ; Celui que je ne sais décrire. Que vienne le dernier sommeil ! S’arrêtera ce coeur vermeil Avec un ultime sourire.
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