Poème
Prière
par Antonin ARTAUD
Ah donne-nous des crânes de braises Des crânes brûlés aux foudres du ciel Des crânes lucides, des crânes réels Et traversés de ta présence Fais-nous naître aux cieux du dedans Criblés de gouffres en averses Et qu’un vertige nous traverse Avec un ongle incandescent Rassasie-nous nous avons faim De commotions inter-sidérales Ah verse-nous des laves astrales A la place de notre sang Détache-nous, Divise-nous Avec tes mains de braises coupantes Ouvre-nous ces voûtes brûlantes Où l’on meurt plus loin que la mort Fais vaciller notre cerveau Au sein de sa propre science Et ravis-nous l’intelligence Aux griffes d’un typhon nouveau
Commentaires (1)
天人五衰 --- Ange perdu ------------------------ Archange, ton corps fut jadis de braise, Il te brûle à présent, le feu du ciel ; Parfois, tu ressens un effroi réel, Du temps peut passer sans qu'il ne s'apaise. Vieil ange perdu, tu grinces des dents ; Si tu vas au sol, tu crains les averses, Trop haut, le vertige alors te traverse, Est-ce toi qui fus si incandescent ? Ce n'est plus de foudre que tu as faim ; Ta course n'est plus intersidérale, Tu laisses flotter ta paresse astrale Au long des jours dont nul ne voit la fin. Tu avais connu un si noble sort, On t'avait remis des armes tranchantes, Rouillées à présent, ce dont tu déchantes Croyant y trouver un signe de mort. Ah, comme il vibrait, ton noble cerveau Quand tu défendais l'arbre de la science ; Mais elle a terni, ton intelligence : L'univers se donne un maître nouveau.
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