Poème
Presque une fable
par François COPPÉE
Un liseron, madame, aimait une fauvette. – Vous pardonnerez bien cette idée au poëte Qu’une plante puisse être éprise d’un’ oiseau. – Un liseron des bois, éclos près d’un ruisseau, Au fond du parc, au bout du vieux mur plein de brèches, Et qui, triste, rampait parmi les feuilles sèches, Écoutant cette voix d’oiseau dans un tilleul, Était au désespoir de fleurir pour lui seul. Il voulut essayer, s’il en avait la force, D’enlacer ce grand arbre à la rugueuse écorce Et de grimper là-haut, là-haut, près de ce nid. Il croyait, l’innocent, que quelque chose unit Ce qui pousse et fleurit à ce qui vole et chante. – Moi, son ambition me semble assez touchante, Madame. Vous savez que les amants sont fous Et ce qu’ils tenteraient pour être auprès de vous. – Comme le chasseur grec, pour surprendre Diane, Suivait le son lointain du cor, l’humble liane, De ses clochetons bleus semant le chapelet, Monta donc vers l’oiseau que son chant décelait. Atteindre la fauvette et la charmer, quel rêve ! Hélas ! c’était trop beau ; car la goutte de sève Que la terre donnait à ce frêle sarment S’épuisait. Il montait, toujours plus lentement ; Chaque matin sa fleur devenait plus débile ; Puis, bien que liseron, il était malhabile, Lui, né dans l’herbe courte où vivent les fourmis, A gravir ces sommets aux écureuils permis. Là, le vent est trop rude et l’ombre est trop épaisse. – Mais tous les amoureux sont de la même espèce, Madame ; – et vers le nid, d’où venait cette voix Montait, montait toujours le liseron des bois. Enfin, comme il touchait au but de son voyage, Il ne put supporter la fraîcheur du feuillage Et mourut, en donnant, le jour de son trépas, Une dernière fleur que l’oiseau ne vit pas. – Comment ? vous soupirez et vous baissez la tête, Madame… Un liseron adore une fauvette.
Commentaires (4)
La rose au long du jour contemple l’hirondelle Et rêve de voler au soleil de l’été. L’oiseau envie la fleur qui au sol peut rester, Faisant l’objet des soins d’un jardinier fidèle. Chacune croit que l’autre a une vie plus belle Et sur son propre sort semble se lamenter, La fleur qui ne peut pas du sol se déplanter, L’oiseau car il lui faut voler à tire-d’aile. Quiconque est solitaire aimerait des étreintes, Celui qui vit en couple en subit les contraintes, Et chacun d’envier d’un autre humain le sort. Mais il vient à la fin le moment où s’apaisent Ces désirs obsédants qui sur nos âmes pèsent : Aucune fleur fanée n’envie un oiseau mort.
Grenouille fabuliste ---------- Je dis la rose et l’hirondelle, Je dis le soleil de l’été ; De ces mots, rien ne va rester Dans nos mémoires infidèles. Mieux vaut faire une fable belle Que se plaindre ou se lamenter , Mieux vaut rire et mieux vaut chanter Que dire des choses cruelles. Je dis l’amour et les étreintes, Je laisse à d’autres les contraintes ; Je passe sur les coups du sort. Le soir s’en vient, ma voix s’apaise, Mon âme presque rien ne pèse ; : Je me tais, je songe à la mort.
Coppée ou Fausto Copi ? on ne peut pas y couper ! Ah ce poète franc... soit choisissons le premier!
C'est bien choisi.
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