Poème
Plumes
par Paul ÉLUARD
Les Animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animaux
Les Hommes et leurs animaux L’homme voudrait être sorti D’un fouillis d’ailes. Très haut, le vent coule en criant Le long d’une aile. Mais la mère n’était pas là Quand le nid s’envola, Mais le ciel battait de l’aile Quand le nid s’envola. Et, désespoir du sol, L’homme est couché dans ses paroles, Au long des branches mortes, Dans des coquilles d’œufs.
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Un carnassier végétarien ---------------------------- Le roi récolte des légumes Pour lui-même et pour ses petits ; Et de jolis fruits assortis, Doux et légers comme des plumes. Gentils carnassiers que voilà, De chez eux, des chansons s'envolent, Je n'en saisis pas les paroles, Mais ça rime avec « Tralala ». Le roi dans les bois de sinople Ce soir est humblement perché ; La reine est allée lui chercher Un diadème à Constantinople.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2015/08/19/carnassier-vegetarien/
Oiseau dévastateur ------------ S’il passe par chez toi, les dégâts seront lourds, Il brisera le mur où sont les hirondelles ; Elles tremblent au son de ses battements d’ailes, Un pareil prédateur est pire qu’un vautour. Elles implorent Dieu, qui souvent fait le sourd, Car il veut, de la sorte, éprouver ses fidèles ; L’oiseau cent fois maudit frappe une citadelle Dont je vois s’écrouler la muraille et la tour. Qui nous délivrera de ce monstre farouche ? Quel habile tireur dans ce corps fera mouche ? Peut-être faudrait-il qu’il fût un oiseleur. De vaincre, cependant, l’espérance est ténue, Même en mettant à prix la peau du harceleur ; De ce long cauchemar la fin reste inconnue.
Comte à plumes --------------- Ce seigneur vint de l’autre rive, Un vent du Ponant le portait ; Sa douce oiselle l’escortait, Très sage et nullement craintive. Même sans humeur combative, La vie, sans crainte, il affrontait ; L’argent jamais il ne comptait, Le laissant fuir comme une eau vive. N’ayant nul désir de grandeur, Ce bel oiseau se laissait vivre, Armé d’humour et de candeur. Aujourd’hui, voilà qu’il nous livre Quelques pensées sans profondeur ; C’est ce qu’il fait quand il est ivre.
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