Poème
Pensée d'automne
par Armand SILVESTRE
Les morts ont peur de l’automne Qui, chassant l’été vermeil, Fait autour de leur sommeil Souffler son vent monotone. Les feuilles dont le velours Rouillé par la canicule, Sur leur gazon s’accumule Leur font leurs linceuls plus lourds. Dans le brouillard où leurs tombes Semblent déjà s’effacer, Ils n’entendent plus passer Le vol ami des colombes La neige est déjà dans l’air Guettant leurs noms sur la pierre, Qui va, comme une paupière, Leur voiler l’œil du ciel clair. Au loin hurlent dans la rue Nos soucis et nos bonheurs De l’oubli des promeneurs Leur solitude est accrue. Mieux que nous les trépassés Aiment le printemps qui pose Le cœur mouillé d’une rose A leurs chevets délaissés. 1er novembre 1881.
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