Poème
Passant dernierement des Alpes au travers
par Etienne JODELLE
Passant dernièrement des Alpes au travers (J'entens ces Alpes haults, dont les roches cornues Paroissent en hauteur outrepasser les nues) Lors qu'ils estoient encor' de neige tous couvers, J'apperçeus deux effects estrangement divers, Et choses que je croy jamais n'estre avenues Ailleurs : car par le feu les neiges sont fondues, Le chaud chasse le froit par tout cet univers. Autre preuve j'en fis que je n'eusse peu croire, La neige dans le feu son element contraire, Et moy dedans le froit de la neige brusler, Sans que la neige en fust nullement consommee : Puis tout en un instant cette flamme allumée M'environnoit de feu et me faisoit geler.
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Voyageurs d'antan --------------------- Ceux qui voguaient jadis au hasard des sept mers Pouvaient y observer des chimères cornues Ainsi qu'une foison de bêtes inconnues Ayant le corps de poils ou d'écailles couvert. Les paroles jetées par ces monstres divers Remplissaient de terreur la liquide étendue ; L'on ne pouvait que fuir, les ayant entendues, Puisqu'elles détruisaient la paix de l'univers. À la navigation ne pouvant se soustraire, Et puisque ces bestiaux lui furent si contraires, Un chacun après l'autre, on les a tous brûlés. On pourrait dire alors : voici la mer calmée ; Sauf que, de loin en loin, une phrase est clamée : Car, d'un monstre, le cri peut se décongeler.
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