Poème
Parfait
par Paul ÉLUARD
Un miracle de sable fin Transperce les feuilles les fleurs Éclôt dans les fruits Et comble les ombres Tout est enfin divisé Tout se déforme et se perd Tout se brise et disparaît La mort sans conséquences Enfin La lumière n’a plus la nature Ventilateur gourmand étoile de chaleur Elle abandonne les couleurs Elle abandonne son visage Aveugle silencieuse Elle est partout semblable et vide.
Commentaires (4)
Pêcheur de drapeaux -------------------------- L'oiseau de sable et d'argent Pêche les drapeaux magiques ; C'est un canard nostalgique Qui, tout le jour, va songeant. Drapeaux aux champs divisés Dont les ornements s'effacent, Drapeaux dont les couleurs passent Dans les embruns irisés. C'est sous un ciel tricolore Qu'est la plus douce chaleur ; Je reconnais ta valeur, Oiseau, gardien du folklore.
Empereur des canards -------------------- Ce canard accomplit tout ce qu’on lui demande, Aidé par son ministre, un écureuil d’azur. Un dieu le favorise, et le druide en est sûr, Ainsi que des devins la pittoresque bande. Indulgente est la loi, légères les amendes ; Le code en est subtil, mais il n’est pas obscur. Le loyal empereur, le ministre au coeur pur Prononcent rarement leurs sages réprimandes. La terre de l’Empire est noire et généreuse, Tout autour du palais sont des forêts ombreuses ; Une cascade y tombe, et ne tarit jamais. Nous n’avons pas assez de ces quatorze lignes Pour tous les compliments dont ces maîtres sont dignes ; Aussi nous préférons nous taire, désormais.
Armande à l’amende Où trouver le bonheur ? Se désespère Armande, De retour d’un séjour sur la côte d’azur, Où l’a quitté celui qu’elle croyait si sûr, Pour une midinette aux grands yeux en amande. Elle fait une pause, dans un café, à Mendes Dans lequel elle boit six double-Whisky purs, Avant de repartir l’esprit trouble et obscur, Ce qui lui vaut d’avoir une très forte amende. De plus elle est menée dans une pièce ombreuse, Surchargées de ces femmes en amour généreuses, Mais qui tout comme elle, ne se marient jamais. Sur les murs du cachot est inscrit cette ligne ; « Le monde est au plus fins, le ciel est au plus dignes »* Elle veut s’engager à l’être désormais.
"Le monde est aux plus fins, le ciel aux plus dignes." Citation de John Petit-Senn ; Les bluettes et boutades (1846)
Connecte-toi pour laisser un commentaire.