Poème
Par quel sort, par quel art, pourrois-je à ton coeur rendre
par Etienne JODELLE
Par quel sort, par quel art, pourrois-je à ton coeur rendre Au moins s'il peut vers moy s'engourdir de froideur, Ceste vive, gentille, et vertueuse ardeur Qui vint pour moy soudain, de soy-mesme s'éprendre. Et quoy ? la pourrois tu comme au paravant prendre Pour fatale rencontre, et parlant en rondeur D'esprit, comme je croy, la juger pour grand heur, Qui plus à ton esprit contentement engendre. Tel que je m'en sentois, indigne je m'en sens, Mais de ta foy ma foy s'accroist avec le tems. Quel moyen donc ? si c'est par grandeurs, je le quitte : Si par armes et gloire, au haut coeur nos malheurs S'opposent : si par vers, tu as des vers meilleurs : Ton hault jugement peut sauver seul mon merite.
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Rimes d’autrefois ----------------------- Aux poètes d’antan sont hommages à rendre Qui nous ont réchauffés aux saisons de froideur ; Et bien nous convient-il imiter cette ardeur Par laquelle un coeur peut de l’univers s’éprendre. A leurs charmants écrits avons leçons à prendre, À leur style alternant rectitude et rondeur, À leur effort pour voir de l’homme la grandeur Et la douceur des mots que le tourment engendre. Pour payer un tribut à ces bardes chantants, Ne suffit-il d’un peu de loisir et de temps, Peut-être, à ces instants où le sommeil nous quitte. Ainsi nous chanterons nos bonheurs, nos malheurs, Sachant que nos anciens resteront les meilleurs ; Que de nos récents vers, ils auront le mérite.
Cardiomanciens ------------------- Ils veulent à ce coeur toute sa force rendre, De l’hiver de sa vie oubliant la froideur ; Quand ce viscère aura retrouvé son ardeur, À nouveau pourra-t-il de ses plaisirs s’éprendre. Ils m’ont bien raconté comment ils vont s’y prendre, Les uns se comparant à des raccommodeurs, Et d’autres évoquant le métier d’accordeur ; Ces deux corporations ont l’air de bien s’entendre. Mon vieux coeur, n’aie donc plus de ces craintes d’antan ; Tu seras comme neuf, dans assez peu de temps, Tu ne connaîtras plus ces frayeurs qui t’agitent. On te remet en forme, organe travailleur, Ta vie s’adoucira, tes jours seront meilleurs ; De nos cardiomanciens célébrons le mérite.
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