Poème
Panthéisme
par Albert SAMAIN
En juillet, quand midi fait éclater les roses, Comme un vin dévorant boire l’air irrité, Et, tout entier brûlant des fureurs de l’été, Abîmer son coeur ivre au gouffre ardent des choses. Voir partout la vie, une en ses métamorphoses, Jaillir ; et l’Amour, nu comme la Vérité, Nonchalamment suspendre à ses doigts de clarté La chaîne aux anneaux d’or des Effets et des Causes. À pas lents, le front haut, par la campagne en feu, Marcher, tel qu’un grand prêtre enveloppé du dieu, Sur la terre vivante, où palpite l’atome ! Sentir comme couler du soleil dans son sang, Et, consumé d’orgueil dans l’air éblouissant, Comprendre en frissonnant la splendeur d’être un homme.
Commentaires (1)
Sagesse protéiforme ------------------------- Être ce grand loup noir dont la langue est bien rose, Ou le beau cerf d'argent ne daignant s'irriter ; Pouvoir, selon son gré, l'un ou l'autre imiter, Un pareil don serait une amusante chose. Muni de ce talent pour les métamorphoses, Je passerais des jours joyeux, en vérité, Comme l'aigle qui va, dans l'immense clarté, Vers le sommet des monts où, paisible, il se pose. Du matin jusqu'au soir, absorbé par ce jeu, J'en émerveillerais mon esprit nuageux, Sous mes divers aspects gambadant par les plaines ; Ce seraient des profils plus ou moins ravissants. Voici (me semble-t-il) le plus divertissant : Un monstre bicéphale, et qu'on nomme amphisbène.
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