Poème
Origine d’une Comtesse
par Petrus BOREL
Ah ! c’est très-bien !… LA CAMARADERIE. Très peu. Idem. Dieu ! Manon, comment es-tu faite ? Ton mouchoir est tout déprimé, Et sur le dos de ta jaquette Le vert gazon est imprimé. De cueillir au bois l’aveline, Venir à minuit ?… Vous mentez ! Sortez d’ici, sortez, coquine ! Ah ! je vois que vous en goûtez ! Mais votre regard est humide, Mais qui peut ainsi vous blêmir ? A dix-sept ans le front livide ! Manon, vous me faites frémir. A trente ans, moi, j’étais novice ; A trente ans !… Vous en plaisantez ? C’en est fait, vous aimez le vice. Ah ! je vois que vous en goûtez ! Alors, en action, son père Mit sa morale, et la rossait : Quel affront ! Azaïs, j’espère, Nous dira ce qu’il compensait. Nouvelle Inchbald, dans l’indigence, Elle s’enfuit vers nos cités ; Que Dieu protège l’innocence ! Ah ! je vois que vous en goûtez ! A peine arrivée à la ville, Un évêque la remarqua ; Puis, se blasant de l’Évangile, Pour les drapeaux elle abdiqua. Tout à tour pucelle, adultère, Qu’elle enivra de dignités De son gros amour sans mystère ! Ah ! je vois que vous en goûtez ! Enfin, elle a blason, richesse ; L’Église nourrit son budget ; Un vieux seigneur, dans son ivresse, Lui promit un Carnavalet ; Aujourd’hui, comtesse, on l’admire, Elle a part aux indemnités ; Au roi même elle pourrait dire : Ah ! je vois que vous en goûtez !
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