Poème
Oraison du soir
par Arthur RIMBAUD
Je vis assis, tel qu'un ange aux mains d'un barbier, Empoignant une chope à fortes cannelures, L'hypogastre et le col cambrés, une Gambier Aux dents, sous l'air gonflé d'impalpables voilures. Tels que les excréments chauds d'un vieux colombier, Mille Rêves en moi font de douces brûlures : Puis par instants mon coeur triste est comme un aubier Qu'ensanglante l'or jeune et sombre des coulures. Puis, quand j'ai ravalé mes rêves avec soin, Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes, Et me recueille, pour lâcher l'âcre besoin : Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes, Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin, Avec l'assentiment des grands héliotropes.
Commentaires (3)
La littérature stadanale j'y donnâ moi aussi, j'avoue... jusqu'à vers 20 ans... J'aimais dans Rimbaud 'Oraison du soir' Car j'ai lu Rimbaud, oui ! tout ! Contrairement aux moutons qui le couvrent de lauriers, habillent de lauriers un sans doute indéfloutable flou Campagne avec pour tout libraire un coin du Centre Leclerc à 20 bornes : on s'enferme avec les classiques, si on aime pas les best sellers
Collectionneur ----------------- Je parcours un recueil de poèmes anciens, J’en apprécie le ton, j’en admire l’allure ; Même, ils chantent en moi, silencieux musiciens, Et me font voyager, tels de larges voilures. Plus qu’un raisonnement aristotélicien, D’un poète farceur m’enchante la parlure ; Plus que les songes creux des métaphysiciens, J’aime, d’un bref sonnet, la fine ciselure. Je lis et je relis avec le plus grand soin, Prenant parfois le temps d’avaler une chope ; Je commente l’écrit, je réponds point par point Sans user, toutefois, d’un trop fin microscope ; Puis, des bardes qui m’ont fait naviguer au loin, J’apporte le portait au grand trombinoscope.
Retouche au denier vers : "le portrait"
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