Poème
O calme nuit, qui doucement compose
par Pontus de TYARD
Ô calme nuit, qui doucement compose En ma faveur l'ombre mieux animée, Qu'onque Morphée en sa salle enfumée Peignit du rien de ses métamorphoses ! Combien heureux les oeillets et les roses Ceignaient le bras de mon âme épâmée, Affriandant une langue affamée Du paradis de deux lèvres décloses ! Lorsque Phébus, laissant sa molle couche, Se vint moquer de mes bras, de ma bouche, Et de sa soeur, la lumière fourchue ! Ah que boiteux d'une poussive haleine Soient ses chevaux, et ne cueille sa peine Qu'un fruit amer de la vierge branchue !
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Deux univers ----------------- En pleine nuit, le loup d’argent compose Un chant sonore aux couplets animés ; Une sirène, en l’entendant rimer, Attend qu’en prince il se métamorphose. Chanter voudrait le lapin, mais il n’ose : Il craint, du loup, le gosier affamé. Il veut quitter ce sable mal famé Pour l’argent pur, où le canard se pose. Hurle, grand loup, de toute ton haleine : Tu prendras bien ainsi une baleine Si jusqu’ici elle vient en nageant. Deux univers, sans porte qui débouche De l’un vers l’autre, on ne sait s’ils se touchent, Argent sur sable et sable sur argent.
Roger le Loup ---------- C’est un loup bleu qui des récits compose, On croirait voir des dessins animés ; En son honneur je veux ces mots rimer, Ce narrateur dont nous aimons la prose. Dames y sont fraîches comme des roses, Puis des truands, de crimes affamés ; Des accidents, de moteurs enflammés, De grands vaisseaux, des avions qui se posent. La dame est sage, elle n’est pas vilaine, Tous ces dangers la tiennent en haleine Et ses amis, robots vêtus d’argent. Ses ennemis, même s’ils sont farouches, Prennent la voie qui sur l’échec débouche ; Et sont sauvés beaucoup de braves gens.
Chant d’oiseau -------- L’oiseau son propre chant compose, Par sa propre muse animé ; Il n’a que faire de rimer Ni de produire de la prose. Il est entendu par les roses Dont est ce printemps embaumé ; Il parle au soleil enflammé D’amour et de mille autres choses. Son âme, qui n’est pas vilaine, Lui dicte cette cantilène, Les sons noblement arrangeant. Chante donc, oiseau peu farouche, Jusqu’à ce que l’astre se couche ; Cela fait bien plaisir aux gens.
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