Poème
Nocturne
par Jules BRETON
À Gabriel Marc. La nuit se mêle encore à de vagues pâleurs ; L'étoile naît, jetant son reflet qui se brouille Dans la mare dormante où croupit la grenouille. Les champs, les bois n'ont plus ni formes ni couleurs. Leurs calices fermés, s'assoupissent les fleurs. Entrevue à travers le brouillard qui la mouille, La faucille du ciel fond sa corne et se rouille. La brume égraine en bas les perles de ses pleurs. Les constellations sont à peine éveillées, Et les oiseaux, blottis sous les noires feuillées, Goûtent, le bec sous l'aile, un paisible repos. Et dans ce grand sommeil de l'être et de la terre, Longtemps chante, rêveuse et douce, des crapauds Mélancoliquement la flûte solitaire.
Commentaires (2)
Voici de l'aube la pâleur Où le paysage se brouille. Au loin s'envole une grenouille, Je ne sais de quelle couleur. Au vert pâturage, une fleur A ses pétales qui se mouillent. Un arrosoir au jardin rouille, On dirait qu'il verse des pleurs. Mon âme est à peine éveillée. Le potager sent la feuillée ; C'est un temps de léger repos. Grenouille survolant la terre, Tu es prise par les crapauds Pour un archange solitaire.
C'est ici : https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/08/16/pour-jules-breton/
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