Poème d’un membre
Nicotine
par SilenceMembre
Volutes bleutées qui s'enroulent autour de moi Dans le long bruissement hivernal des forêts Brumes opiacées, délices un peu vagues, froid Que l'extase fait oublier à mes doigts violets. Je fume, et les douces convulsions de mes yeux Sont pareilles au scintillement lointain d'astres Rouges, nés de mes hallucinations aux cieux ; Et qui enfument mes poumons d'un noir désastre. Mon ivresse est contagieuse ; je la partage Avec toi ; et tes prunelles ambrées sourient Tristement, en voyant mon insatiable rage Mon addiction, folie qui anime mes nuits. Elle n'est pas seule, hélas! Ton odeur me fascine Me rappelle mon coeur, qui bat comme un tambour Guerrier, et embrase mes sens ; la nicotine Brûle mes veines et calme mon vain amour ! Et je vois un feu vif embraser la campagne Cette onde viride glisser dans mes cheveux Devant moi apparaissent d'immenses montagnes Couronnées de brumes et de vents impétueux ! Hypnôse ! Ce paysage n'est qu'un mensonge Créé pour calmer la morsure de l'ennui : Joie et apaisement ! Vous n'êtes que des songes Destinés à traquer et tuer ma jalousie. L'océan de facilité me tend les bras Dois-je m'y abîmer ou éviter les vagues ? Me noyer dans l'abysse ou m'accrocher au mât Du vaisseau amoureux où s'écorchent les algues? L'albatros me crie dans un glapissement rauque : "Dans quels méandres te perds-tu? Lève la tête! Ne t'égare pas dans ce labyrinthe glauque!" "De la vie, vois la lumière!" S'écrient les mouettes. Et je lève les yeux, à travers la fumée J'entrevois le ciel, les arbres, l'horizon bleu J'hume l'odeur douceâtre de l'herbe mouillée Qui sut atténuer le goût de ce bonheur creux. Alors je donne raison aux nuées et danse Apaisée, sous les larmes qu'elles daignent verser Car après tout, que vaut la terrible odeur rance De la nicotine, face à cette envolée?
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