Poème
Nénuphars
par Jean LORRAIN
Pour Théophile Gautier Sous leurs feuilles glauques et lisses, Les blancs nénuphars allemands Bercent au fond de leurs calices Des contes païens et charmants. Le groupe enlacé des naïades, Sous le fleuve entraînant Hylas, Y chante à travers les ballades, Divin écho de l'Eurotas. L'urne crétoise au flanc sonore, Que l'eau claire emplit d'un sanglot, Sous son poids fait sombrer encore Les lotus nageant sur le flot. Mais, hélas ! par le temps flétries, Leurs chairs ont pris des tons palis. Mille ans d'amour les ont meurtries. Les nymphes mortes sont Willis. Les yeux éteints, la bouche ouverte, Leurs bras nus sous leur cou ployés, Leur groupe apparaît sous l'eau verte Comme une ronde de noyés. C'est un chœur de mauvais génies, D'ombre et de suicidés blafards Qui dans un spasme d'agonies Valse au-dessus des nénuphars ; Et tout un monde fantastique, Gnomes et feux follets troublants, Grouille et chante, où la fable antique Eut mis des dieux de marbres blancs.
Commentaires (5)
Je voudrais demander quelque chose parceque je ne suis pas francais, et il y a une réferance qui est insoluble pour moi. On peut cette trouver dans la stance quatrieme, je réfererais le mot 'Willis'. Pouvez-vous m'aider?
Je ne sais pas s'il y a beaucoup de français pour qui "Willis" veut dire quelque chose aujourd'hui·! Peut-être. Pour moi "Willy" est un écrivain et critique très à la mode à cette époque. Pour Google "Le Pilote Willis" est un roman plusieurs fois réimprimé à la fin du XIXe. Mais si ça explique quelque chose·?
Heinrich Heine : « Dans une partie de l'Autriche, il y a une légende qui offre certaines similitudes avec les antérieures, bien que celle-ci soit d'une origine slave. C'est la légende de la danseuse nocturne, connue dans les pays slaves sous le nom de « willi ». Les willis sont des fiancées qui sont mortes avant le jour des noces, pauvres jeunes filles qui ne peuvent pas rester tranquilles dans la tombe. Dans leurs cœurs éteints, dans leurs pieds morts reste encore cet amour de la danse qu'elles n’ont pu satisfaire pendant leur vie ; à minuit, elles se lèvent, se rassemblent en troupes sur la grande route, et, malheur au jeune homme qui les rencontre! Il faut qu'il danse avec elles ; elles l'enlacent avec un désir effréné, et il danse avec elles jusqu'à ce qu'il tombe mort. Parées de leurs habits de noces, des couronnes de fleurs sur la tête, des anneaux étincelants à leur doigts, les willis dansent au clair de lune comme les elfes. Leur figure, quoique d'un blanc de neige, est belle de jeunesse ; elles rient avec une joie si effroyable, elles vous appellent avec tant de séduction, leur air a de si doucettes promesses ! Ces bacchantes mortes sont irrésistibles. » (De l'Allemagne)
Sous une lune bleue dansait une inconnue, Elle était jeune et pâle, énigmatique et nue, Le fleuve lui baignait à peine les mollets ; Tout en la contemplant, mon esprit s'envolait. On ne m'a jamais dit ce qu'elle est devenue, Et je ne savais pas d'où elle était venue, Comment elle vivait, ni ce qu'elle voulait. Le fleuve sur ses pieds doucement s'écoulait. Hélas, de ce grand livre il faut tourner les pages En survolant de loin les plus charmants passages, Et peu de temps après, il faut le refermer. La lune reviendra sur ce fleuve paisible, Et la danseuse aussi, mais plus imprévisible, Notre esprit, de nouveau, en sera désarmé.
Merci beaucoup pour vos reponses! Pour la traduction et la "raportation" tres instructive, Monsieur Cochonfucius, et pour votre associationes enquérissantes, jpb01.
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