Poème
Neige
par Antonin ARTAUD
Obsession de la neige, perle, Ramage pierre feux décor Moelle de sureau blanc, cire vierge Et sperme enfin qui ferme le cercle Plaines d'esprit carrosses de feux Vitres de chair route des âmes Ventres de braises seins de flammes Époux de vierge barbe de Dieu Rires apprêts, naïvetés Flammes gelées, détachement Restitution nivellement Inexprimable pureté Tourbillons d'âmes atomes blancs Nous revoici un paysage Argents brûlants âmes de mages Astres volés Esprits volants Soupirs cuisants lèvres voraces Délicieux embrasement Lis épurés neige des ans Et cette roue qui tourne en extase.
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Les flocons sont plus froids que perles ; Ils bouleversent les décors, Sureau trompeur, méduse blanche, Opacité d'une semence. Venant d'un nuage de feu, Tombant du ciel ce sont des âmes Passant sur des vapeurs de flammes, Disant « Il ne faut tenter Dieu ». La neige est sans naïveté Mais elle a du détachement ; En la formant nouvellement, On lui donne la dureté. Cinquante nuances de blanc Éclaboussent les pâturages, Du blanc d'oeuf à ces blancs fromages Que goûtent les démons volants. Ô neige ne sois point vorace, Modère ton embrasement, Tu peux revenir tous les ans ; Nous remettrons notre cuirasse.
Iceweasel ----------- C’est un carnivore hivernal, Sa silhouette n’est pas laide ; Son ange gardien pour lui plaide En un céleste tribunal. Distingue-t-il le bien du mal ? Parfois à son caprice il cède ; La fringale qui le possède Fait périr plus d’un animal. Pris de remords (c’est salutaire), Les ossements il met en terre ; Il se repent, mais un peu tard. Peu après, toute honte bue, Sur une autre proie il se rue ; Incorrigible est ce viandard.
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