Poème
Néère
par Charles-Marie LECONTE DE LISLE
(Études latines, IX) Il me faut retourner aux anciennes amours : L'Immortel qui naquit de la Vierge Thébaine, Et les jeunes Désirs et leur Mère inhumaine Me commandent d'aimer toujours. Blanche comme un beau marbre avec ses roses joues, Je brûle pour Néère aux yeux pleins de langueur ; Vénus se précipite et consume mon coeur : Tu ris, ô Néère, et te joues ! Pour apaiser les Dieux et pour finir mes maux, D'un vin mûri deux ans versez vos coupes pleines ; Et sur l'autel rougi du sang pur des agneaux Posez l'encens et les verveines.
Commentaires (1)
Heureux qui se souvient de ses douces amours, Soit qu'il ait fréquenté l'alcôve d'une reine Ou qu'il ait partagé, dans la misère humaine, Les chagrins les plus lourds. Heureux qui se souvient de la douceur des joues D'une aimable bergère aux yeux pleins de langueur, Dont il charma la vie en lui prenant le coeur Comme un homme qui joue. Heureux qui se souvient des peines et des maux Que peinait à noyer, parfois, la coupe pleine ; Heureux qui, devenu aussi doux qu'un agneau, N'éprouve plus de haine.
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