Poème
Morale
par Charles CROS
Pour le tombeau de Théophile Gautier Orner le monde avec son corps, avec son âme, Etre aussi beau qu'on peut dans nos sombres milieux, Dire haut ce qu'on rêve et qu'on aime le mieux, C'est le devoir, pour tout homme et pour toute femme. Les gens déshérités du ciel, qui n'ont ni flamme Sous le front, ni rayons attirants dans les yeux, S'effarant de tes bonds, lion insoucieux, T'en voulaient. Mais le vent moqueur a pris leur blâme. La splendeur de ta vie et tes vers scintillants Te défendent, ainsi que les treize volants Gardent rose, dans leurs froufrous, ta Moribonde. Elle et toi, jeunes, beaux, pour ceux qui t'auront lu Vous vivrez. C'est le prix de quiconque a voulu Avec son corps, avec son âme orner le monde.
Commentaires (3)
Avec quoi, beau rimeur, sinon avec ton âme, Orneras-tu les murs de tes sombres milieux, Pour enchanter les mots, ce que l'on fait de mieux, C'est le coeur palpitant d'un homme ou d'une femme. * Ainsi, tous les matins, tu entretiens la flamme ; Tu vois l'alexandrin surgir devant tes yeux, Cependant que ton front demeure insoucieux, N'étant accoutumé à s'adresser un blâme. * Même si l'univers est parfois désolant, Tu sais le célébrer, de ton verbe volant, Ta langue n'étant point, dans ton bec, moribonde. * J'ai souri à tes vers lorsque je les ai lus, Et rempli d'ambition, à mon tour, j'ai voulu Devenir à mon tour un barde en ce bas monde.
Retouche : remplacer le "à mon tour" de l'avant-dernier vers par "un beau jour".
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/08/13/charles-cros-voit-un-tombeau/
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