Poème
Mon dernier poème
par Paul ÉLUARD
J’ai peint des terres désolées et les hommes sont fatigués de la joie toujours éloignée. J’ai peint des terres désolées où les hommes ont leurs palais. J’ai peint des cieux toujours pareils, la mer qui a tous les bateaux, la neige, le vent et la pluie. J’ai peint des cieux toujours pareils Où les hommes ont leurs palais. J’ai usé les jours et les jours de mon travail, de mon repos. Je n’ai rien troublé. Bienheureux, ne demandez rien et j’irai frapper à la porte du feu. 1917
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Château d’inframonde -------------------- En ce tiède inframonde, il n’est pas de sommeil, Les démons sont actifs dans leur château d’ivoire ; Un ténébreux serpent de sinistre mémoire Se souvient d’un beau fruit mûrissant au soleil. Aux quartiers de banlieue l’inframonde est pareil ; Je pourrais donc y vivre, ou bien, je veux le croire, Car je suis familier de ces décors sans gloire Issus d’un rêve noir sans espoir de réveil. J’écoute les leçons d’une démone blonde Qui veut mettre en repos mon âme vagabonde, La noirceur du décor se reflète en ses yeux. Je n’ai pas de regrets, ma vie ne fut qu’un songe Et puisque je l’écris, ce n’est pas un mensonge ; On dit la vérité, souvent, quand on est vieux.
Manoir d’Aquitaine ---------- Sur ce lieu règne le Sommeil, Logis de chevaliers sans gloire ; Pauvre sens et pauvre mémoire, C’est un dénuement sans pareil. Mais dans leur cave, un vin vermeil Leur procure un peu de quoi boire ; Ils en oublient tous leurs déboires, C’est comme un rayon de soleil. Dans leur verger les fruits abondent, Pas besoin de courir le monde ; Pas besoin de voir d’autres cieux. Si l’existence n’est qu’un songe, Oublions-la, passons l’éponge, Alors nous n’en irons que mieux.
Maître Hippotaure ---------------- Le calme règne sur mes terres, Chacun s’y sent comme chez soi ; Nul n’y transgresse aucune loi, En taverne on s’y désaltère. Modestes sont les dignitaires, Assidus aux lieux où l’on boit ; Leur pouvoir n’est pas d’un grand poids, Leur quotidien n’est pas austère. Nous goûtons le plaisir d’amour Au son du luth des troubadours ; C’est merveilleux, c’est un délice. La tristesse, il faut la bannir, Il faut éloigner ce calice ; Le mal, il faut s’en abstenir.
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