Poème d’un membre
dimanches
par JulienALBESSARDMembre
Ah! Qu'ils sont mornes et redoutés ces dimanches Où mon angoisse fait son nid, Bien accrochée entre ces deux noueuses branches Que sont la tristesse et l'ennui. L'automne a épuisé sous ses triomphants dômes Le chêne, l'orme, et le sureau ; Les arbres dénudés ne sont plus que fantômes Venant hanter l'hiver bourreau. A mon oeil effrayé par l'insigne torture D'avoir entrevu mon caveau, D'un divin fossoyeur la sinistre peinture Semble le cadre mon carreau. Quel géant de granit, quel titan de poussière, Quel démiurge aux songes aigris A usé de ce ciel comme un vaste suaire Où il épongea son front gris? Des solaires cadrans me transperce la plainte : "Où est le maître du midi? Nous, licornes du temps que son absence éreinte, Pleurons le soleil engourdi Sans qui nous ne pouvons de notre front abattre son oblique fatalité ; Préférable est sa chute à ce jour acariâtre Plein d'une blême obscurité. Au plafond vermoulu de ma pensée humide Grouillent un milliers de cafards Qui, m'offrant de leur goût le spectacle putride, Font repas de mes cauchemars. Me fixent leurs yeux verts, malsaines émeraudes Luisant d'un bel éclat moqueur: Tu resplendis ma vieille Angoisse! Oh, toi qui rôdes Sur chaque faille de mon coeur. Je voudrais être un mur sous sa treille de lierres Indifférent à la saison ; Enfin m'approprier la sagesse des pierres Qui n'ont jamais tort ni raison. Mais mon esprit est torve, infâme, vil et fourbe, Toujours il se met à genoux ; Aux ordres du Tourment il plonge dans la tourbe Et s'abandonne à ses remous. Sur ma campagne en proie à la mélancolie Le silence s'est répandu, Ainsi que sur la place, autrefois, sous la pluie Où se balançait un pendu.