Poème d’un membre
Paresse
par JulienALBESSARDMembre
O paresse détestable Qui se pâme en volupté, Et dans un lit confortable Pervertit ma volonté. Va donc user de tes charmes Sur le front des ambitieux, Bien trop souvent tu désarmes Les coeurs purs, les bienheureux. Tu ne prends jamais pour cibles Le roi fou et le vaurien ; De tes flèches tu ne cribles Que l'homme au souverain bien ; Celui-là qui ne souhaite Que sortir de sa torpeur, Mais qui voit de sa fenêtre Cent raisons d'être un dormeur. O paresse incorrigible, Rien ne sert de te punir ; De mon sermon prévisible, Tu sauras te prémunir. A l'oreille tu me siffles Des promesses d'opium ; Quand sur mon coeur tu persifles Mon sang devient lithium ; Ma hardiesse s'envenime, Et ta langue de serpent, Fait accroire que la cime Ne s'atteindra qu'en rampant Vers le lit de mon alcôve, Acquerir la faculté D'être égal à la guimauve Face à la difficulté. Faut-il donc que je succombe Chaque jour à tes appâts? Que dans tes bras je retombe Jusqu'à l'heure du trépas? Si certains vantent ta toge, Je leur montre tes dessous ; Qu'ils te drapent d'un éloge, Je dévoile ton corps mou!