Poème
Marchand d'habit
par Louisa SIEFERT
I. MARCHAND D’HABIT ! Ce petit homme grisonnant S’en venait encore à l’automne, Le regard vif, l’air avenant, En poussant son cri monotone. Mais qu’il est changé maintenant ! Le regard est noir, l’air atone ; Et, sur les syllabes traînant, Sa voix chevrotante détonne. A peine un hiver passé Et le revoilà si cassé, Qu’à l’entendre mon cœur se serre… Poursuivant un maigre débit, Oh ! quel poëme de misère Dans ce seul cri : Marchand d’habit ! II. PETITE SŒUR. Près de la ronde inattentive Qui poussait d’éclatants hourras, Je la voyais passer, furtive, Ayant son petit frère aux bras. Elle avait huit ans, et, chétive, Elle pliait à chaque pas ; Sa démarche était si craintive Qu’on eût dit qu’elle n’osait pas. Aux cris de bande mutine Elle serrait sur sa poitrine Son pauvre cher petit bébé, Et déjà son grand œil plombé Avait, sous les larmes amères, Le long regard des pauvres mères. III. PETIT ENFANT. Dans les beaux rayons de soleil L’enfant joyeux se roule et joue. De sa pauvre petite joue, Le teint pâle devient vermeil. Il court, saute, donne l’éveil Aux pigeons blancs qui font la roue. Il chante tant, qu’il s’en enroue, Le chant qui berça son sommeil. Autour de lui tout est splendide : En vain le dénûment sordide L’étreint, morne et silencieux ; Il est naïf ; il est candide ; Et lorsqu’il regarde les cieux, Il rit en ouvrant de grands yeux. Avril 18…
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III bis Photosynthèse -------------------------- La plante absorbe le soleil Tout en gardant les pieds sur terre ; Son voisin, l’arbre solitaire, A déjà quelques fruits vermeils. La plante est souvent en éveil, Captant les rythmes planétaires ; Des chercheurs universitaires Mesurent son temps de sommeil. Autour d’elle, tout est splendide, Le jardin n’a rien de sordide, C’est un inimitable lieu. La plante est naïve et candide, Sa feuille regarde les cieux ; Car elle a d’invisibles yeux.
I bis La Reine Avette ------------------ Une ruche va bourdonnant Sans craindre le froid de l’automne, Le miel du trèfle provenant Nourrira quelques faims gloutonnes. La reine songe maintenant, Parmi ses filles qui chantonnent, Aux jours sans rien de surprenant Que suivent des nuits monotones. Car son envol, c’est du passé Dont fut son amant fracassé ; En l’évoquant, son coeur se serre. Plus question d’aller dans le ciel, Car nous sommes, sur cette terre, Le troupeau d’un marchand de miel.
I ter Quartefeuille de janvier ------------------------ Nous la découvrons maintenant, Elle était là depuis l’automne ; Épargnée par les ruminants, Elle me sourit, ça m’étonne. Dans l’univers impermanent Où, craintif, je me pelotonne, Ce bon sourire est surprenant ; Je ne trouve pas qu’il détonne. Par quel poète du passé Son portrait fut-il donc tracé ? Disons, peut-être, Apollinaire. Les quatre feuilles sous le ciel, Mille racines sous la terre ; La fleur, la promesse du miel.
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