Poème
Madrigal
par Alfred JARRY
Ma fille — ma, car vous êtes à tous, Donc aucun d’eux ne fut valable maître, Dormez enfin, et fermons la fenêtre : La vie est close, et nous sommes chez nous. C’est un peu haut, le monde s’y termine Et l’absolu ne se peut plus nier ; Il est si grand de venir le dernier Puisque ce jour a lassé Messaline, Vous voici seule et d’oreilles et d’yeux, Tomber souvent désapprend de descendre. Le bruit terrestre est loin, comme la cendre Gît inconnue à l’encens bleu des dieux. Tel le clapotis des carpes nourries A Fontainebleau A des voix meurtries De baisers dans l’eau. Comment s’unit la double destinée ? Tant que je n’eus point pris votre trottoir Vous étiez vierge et vous n’étiez point née, Comme un passé se noie en un miroir. La boue à peine a baisé la chaussure De votre pied infinitésimal, Et c’est d’avoir mordu dans tout le mal Qui vous a fait une bouche si pure.
Commentaires (1)
Presque pas ---------- À Fontainebleau, À l’hôtel du Pluvian Noir, Dort un minotaure ; Il ne rêve presque pas, Car sa cervelle est bovine. Un peu tout autour, Une forêt pleine d’arbres Avec des clairières Où se reposent les fées Qui au minotaure songent. Bonheur et malheur Ne diffèrent presque pas : C’est tout dans nos têtes, Petit crâne de la fée Ou joyeuse tête à cornes.
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