Poème
Ma sirène
par Robert DESNOS
Ma sirène est bleue comme les veines où elle nage Pour l’instant elle dort sur la nacre Et sur l’océan que je crée pour elle Elle peut visiter les grottes magiques des îles saugrenues Là des oiseaux très bêtes conversent avec des crocodiles qui n’en finissent plus Et les oiseaux très bêtes volent au-dessus de la sirène bleue Les crocodiles retournent à leur boire Et l’île n’en revient pas ne revient pas d’où elle se trouve où ma sirène et moi nous l’avons oubliée Ma sirène a des étoiles très belles dans son ciel Des étoiles blondes aux yeux noirs Des étoiles rousses aux dents étincelantes et des étoiles brunes aux beaux seins Chaque nuit trois par trois alternant la couleur de leurs cheveux Ces étoiles visitent ma sirène Cela fait beaucoup d’allées et venues dans le ciel Mais le ciel de ma sirène n’est pas un ciel ordinaire Ma sirène a sept bateaux sur son océan Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi et Dimanche Les uns à vapeur les autres à voiles Les uns rapides les autres lents Mais tous beaux mais tous charmants avec des marins connaissant leur métier Ma sirène a des savons de toutes formes et de toutes couleurs C’est pour laver sa jolie peau Ma sirène a beaucoup de savons L’un pour les mains L’autre pour les pieds Un pour hier Un pour demain Un pour chacun des yeux Et celui-là pour sa queue d’écailles Et cet autre pour les cheveux Et encore un pour son ventre Et encore un pour ses reins Ma sirène ne chante que pour moi J’ai beau dire à mes amis de l’écouter Personne ne l’entendit jamais Excepté un, un seul Mais bien qu’il ait l’air sincère Je me méfie car il peut être menteur.
Commentaires (4)
Robert le triton -------------- Robert est doux comme un ondin ; Il est l'amant d'une sirène Qu'il traite de muse et de reine, Robert, ce joyeux baladin. À l'heure où le pluvian rusé Adresse des propos futiles À son client, le crocodile, Robert boit du bon vin rosé. Ensuite, il offre des étoiles À la sirène, ainsi qu'un jeu, Puis encore un monde neigeux, Puis un navire aux lourdes voiles, Puis six autres vaisseaux de fer Et des matelots pleins d'audace ; Le plus solide, un brise-glace Qu'assembla jadis Lucifer. Robert fabrique des savons Avec des ingrédients magiques ; Car ce bateleur énergique A tous les dons, nous le savons. Cette sirène de Robert N'est point mentionnée par la presse ; C'est le fait d'une enchanteresse D'être invisible, comme l'air.
Cette Dame est un ange ------------------ Sa demeure est là-haut, tout là-haut, dans le ciel, En un jardin magique où la brise murmure ; D’un athlétique archange étincelle l’armure, Le domaine est enclos d’un mur immatériel. L’invincible guerrier, cousin de Gabriel, Sent que l’Amour atteint son âme jadis pure ; Il sait que, cependant, la Dame n’en a cure, Dont rien ne peut toucher le coeur immatériel. Il écrit un sonnet qui son malheur expose, Mais nul ne s’intéresse aux lignes qu’il compose; Un angelot, pourtant, les orne de dessins. Qui pourrait émouvoir cette Dame trop sage ? Un pécheur repenti ? Un démon ? L’Esprit Saint ? Un grand seigneur, usant de son droit de cuissage ?
Dame d’inframonde -------------- Mes repas sont réduits à l’essentiel, Une biscotte, une pomme bien mûre ; Chaque dimanche, une olive en saumure, Au Nouvel An, deux tartines de miel. J’ai dû quitter mon cousin Gabriel, Car il voulait garder son âme pure ; De mon tourment, je crois qu’il n’en a cure, Il est content d’être un ange du ciel. D’être bannie ne me rend pas morose, Je me souviens du Prince et de sa rose ; J’ai ce beau livre et ses jolis dessins. Cet inframonde est aussi pour les sages, Car tu sais bien qu’ils ne sont pas des saints Et qu’il vaut mieux douter de leur message.
Ondin bizarre -------- Fils d’une sirène follette, Je n’aime ps le goût du sel ; J’aimerais mieux avoir du miel Ou bien du piment d’Espelette. Je voudrais être une belette Et régner sur un archipel ; Mais la magie manque à l’appel, Rien de changé dans mon squelette. Je suis un ondin sans espoir, Car tous les dieux m’ont laissé choir ; Au diable cette vie foireuse. N’écris pas là-dessus, vieux porc ; Écris sur la sirène heureuse Qui drague les marins du port.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.