Poème
Lune d'avril
par Louisa SIEFERT
Voici briller la lune blanche. THEOPHILE GAUTIER Déployant ses ailes de cygne Au vol lent et capricieux, Le clair de lune me fait signe Et m'entraîne au loin sous les cieux. Il franchit les lacs et les fleuves, Baise les yeux clos des cités, Et, se riant des grilles neuves, Il s'en vient aux parcs désertés. Il écarte l'ombre importune Avec un geste familier ; Puis il descend une par une Les marches du blanc escalier. Il s'en va retroussant sa robe Le long de l'humide sentier Et, de ce de là, se dérobe Entre le houx et l'églantier. Je le vois errer d'arbre en arbre Comme un doux poëte étonné, Et prêter des blancheurs de marbre Au banc de pierre abandonné. C'est ici que, las de sa course, Rêveur il s'assied longuement, Jetant aux flots clairs de la source De la poudre de diamant. Il endort les roses fleuries, Il verse la rosée aux lys, Il étend des blés aux prairies Son manteau d'argent aux longs plis. Ainsi promeneur pâle & triste, Hôte des tombeaux délaissés, Ami du chat et de l'artiste, Protecteur des nids menacés, Là-bas échevelant le saule Qui pleure les morts oubliés Et chargeant sur sa blanche épaule Les linceuls qu'il a déliés, Jusqu'à l'heure où soudain rougies Les ténèbres font place au jour, Il erre, - ô faiseur d'élégies, O grand enchanteur de l'amour !
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