Poème
Lunatique
par Jean LORRAIN
À Edgar Poe. Dans l'herbe folle et l'ortie, La paupière appesantie, Rôde un chat maigre au poil roux. Le mur dans l'ombre blafarde, Où s'entrechoquent des houx, Se crevasse et par les trous La lune errante regarde. Le chat maigre en s'étirant De sa voix traînante et rauque Miaule, et dans son oeil glauque S'allume un feu transparent, Mirage, où, spectre enivrant, On voit danser toute nue Hécate, au ciel inconnue.
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Songe tricolore ------------------ Messieurs, la voici de sortie, La créature appesantie, Notre demi-cheval d'argent. Il marche dans le ciel de gueules Avec mille soldats qui veulent Impressionner les braves gens. Le tient par sa longe d'azur Un fantôme invisible et dur, Sorti des régions infernales Pour notre Fête Nationale.
Bannière inconnue ---------- L’étendard est taillé dans une étoffe rare, Le bord en est brodé d"un fil de vieil argent ; Le porteur est costaud, mais il n’est pas méchant, Il arbore un sourire et dit des mots barbares. Cette troupe est modeste et n’a nulle fanfare, Elle va sous la lune et sous le ciel changeant ; Elle suit une rue sans déranger les gens, Fredonnant à mi-voix quelques chansons bizarres. De barde, ils n’en ont point, non plus de troubadour, Leur colonel n’est pas Marquis de Pompadour ; Mais un brave sergent sonne d’un cor d’ivoire. Ils n’ont pas dans l’idée de courtiser la gloire, Leur route est incertaine et fait quelques détours ; De pareils vagabonds, point ne sera mémoire.
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