Poème
Li-taï-pé
par Charles CROS
A Ernest Cabaner. Mille étés et mille hivers Passeront sur l'univers, Sans que du poète-dieu Li-taï-pé meurent les vers, Dans l'Empire du milieu. * Sur notre terre exilé, Il contemplait désolé Le ciel, en se souvenant Du beau pays étoilé Qu'il habite maintenant. Il abaissait son pinceau; Et l'on voyait maint oiseau Ecouter, en voletant Parmi les fleurs du berceau, Le poète récitant. Sur le papier jaune et vert De mouches d'argent couvert, Fins et noirs pleuvaient les traits. Tel, sur la neige, en hiver, Le bois mort dans les forêts. Il n'est de soupirs du vent, De clameurs du flot mouvant Qui soient si doux que les sons Que le poète, rêvant, Savait mettre en ses chansons. Aromatiques senteurs Dont s'embaument les hauteurs, Thym, muguet, roses, jasmin, Comme en des rêves menteurs, Naissaient sous sa longue main. * A présent, il est auprès De Fo-hi, dans les prés frais, Où les sages s'en vont tous, A l'ombre des grands cyprès, Boire et rire avec les fous.
Commentaires (1)
Lao Li === 老李 ---------- Tu buvais dans un grand verre Ou dans la coupe ordinaire, Sans grand respect pour les dieux Ni pour le Juste Milieu. Tu avais la souvenance De cent cosmos étoilés ; Tu avais la contenance D’une cuve à distiller. Ton pinceau traçait des phrases En un langage précis Dont tu bannissais l’emphase, La banalité aussi. Combien fier fut le papier D’arborer tes grands poèmes ! Comme ont gloire les trépieds À s’emplir de chrysanthèmes. À présent, ton corps est sable Semble-t-il, au fond des eaux, Ou ce vent inconnaissable Soufflant au jardin, très tôt. https://paysdepoesie.wordpress.com/2014/09/01/lao-li-%e8%80%81%e6%9d%8e/
Connecte-toi pour laisser un commentaire.