Poème
L'Étable
par Émile VERHAEREN
Et pleine d'un bétail magnifique, l'étable, A main gauche, près des fumiers étagés haut, Volets fermés, dormait d'un pesant sommeil chaud, Sous les rayons serrés d'un soleil irritable. Dans la moite chaleur de la ferme au repos, Dans la vapeur montant des fumantes litières, Les boeufs dressaient le roc de leurs croupes altières Et les vaches beuglaient très doux, les yeux mi-clos. Midi sonnant, les gars nombreux curaient les auges Et les comblaient de foins, de lavandes, de sauges, Que les bêtes broyaient d'un lourd mâchonnement ; Tandis que les doigts gourds et durcis des servantes Étiraient longuement les mamelles pendantes Et grappillaient les pis tendus, canaillement.
Commentaires (1)
Neuf rois minuscules ---------------------------- J’ai vu neuf petits rois avec leurs connétables, Leurs fous, leurs chambellans et leurs vieux maréchaux, Trônant dans un jardin, sous le ciel déjà chaud, Jugeant de durs procès, d’une voix irritable. C’était un temps d’automne, à peu près supportable ; Le repas, ordonné par les grands sénéchaux, Commençait par un plat de petits artichauts, Les verres étaient pleins d’un petit vin de table. Les valets dégustaient des pâtes dans des auges, Dont la sauce, bien verte, avait un goût de sauge, On les voyait perdus dans leurs mâchonnements. Leur vin était versé par de roses servantes Auxquelles ils disaient des choses captivantes ; Elles s’embellissaient de leur étonnement.
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