Poème d’un membre
Les remparts
par ATOSMembre
C'est la fin des ombres mi-closes crochetées à la dormance des heures. Tu sens des petites coulées de ton chemin juste à l’entaille de la langue. Elles te balancent hors du couloir du chœur. Tes paupières blanches dérivent sur un tableau d’images. Partance des roses, échardes aux rivages, murmures à tant de pas revenus. Il est toujours minuit à l'horloge d'une gare. Dernier refrain. Après... l'ami, après, c'est entendu... Toucher d’autres remparts. Les prendre vides. Les rendre creux. Les sentir. De tes mains... te sauver ? Mais par où grand bleu, vers quoi ?… alors… reconstruis, parce que dans le dernier mirage il te faudra bien y loger ta gueule. Partir, mais aux feuilles des branches. Partir mais à la portière d'un drame, partir mais laisser une trace. Un trousseau d’images pendu au porte marteau de tes heures. Détacher les mots. Arracher. Plier. Lier. S’en charger. Fagoter ces orphelins de lumière avec quelques parfums à peine et les jeter à la lumière du canal. Il faut finir, et bien. Lécher son écuelle, la laper. Et éructer le mot. Il ne s'agit pas de suffoquer. Il faut être prêt. Prêt, entends-tu ? La fin doit te faire beau, grand, c'est la fin qui justifie tous les bateaux. Et les bateaux… Dieu n'est pas le seul à savoir combien de bouteilles il t'a fallu vider pour y faire entrer tous tes radeaux. C'est la fin des ombres, la lumière entre en robe blanche. Le jour commence. La nuit a été confidente. Elle a tenu parole. A ton chevet elle est restée. Fidèle, c'est la première amante. Celle avec qui tu t'es construit. Elle t'a tout donné la nuit. Tout. La fournaise, l'étrave, l'outrance, l'outrage, la vague, la soif, la peur aussi. Et puis elle t'a donné ce que tu as eu de plus beau. Cette nuit là elle a fait de toi un prince, un dieu, une prêtresse, une reine, cette nuit là elle a fait ce que tu voulais de toi. Tu as tenu en toi le monde entier. T'avais pris ça dans le cœur. Tu l'as gardé. Depuis toutes ces années. Attends… l'ami, après, c'est entendu… Ce que cette nuit a mis dans ton cœur, tu l'as gardé. C'est pour ça que cette nuit, elle est revenue. C'est la fin bien sûr, tu le sais. L’haleine du mensonge souffle comme un fantôme sur leurs braises. Dans la nuit personne ne voit un arbre trembler ni même un autre se coucher. À peine si on l’entend. Ils n'ont que des trous au fond des yeux. Pas de place pour le ciel. Et pourtant chacun sent sa bouche glacée se poser sur le front fiévreux de son prochain destin. Est-ce le doigt d’un dieu aveugle qui chercherait parmi nous la raison du feu le plus ancien ? Devant le geste de nos mains il semble flamber le regard ouvert de toutes nos œuvres. Le mur est une porte, la fenêtre porte le dôme, tu sens, tu respires, c'est le fleuve là-bas qui marche vers toi. Tu as dix ans. Tu lui tiens la main. Elle marche vite. Le chemin est poussière. Tu as des lèvres d'enfant. Les mots sont comme tes pas. Tu les voudrais grands, tu les portes à bout de voix. Tu demandes elle ne répond pas. Elle marche. Vous marchez. La lumière arrive. Attends, l'ami, rappelle-toi. À la ligne, à cette ligne vous vivrez.. Ça tient à quoi la vie ? Un nom, une date, un train, cette ligne ? Perdre l’innocence de soi est un malheur. Voir s’éloigner l’enfance de ce qui viendra c’est perdre l’avance de son être. Dire le hasard comme on en déplierait le mot, le prononcer, comprendre qu’il passe sur une route et le voir devenir entre son peu et cette peau le dernier témoin de soi. Être jeté à l’inconscience du présent. Marcher sous le retard du jour comme une goutte sur la langue du soleil. Brûlant toujours d’espace sous un espoir suffocant de renaître. Tu te voudrais sourd. Être ! Aveuglément libre peut-être jusqu’au dernier moment dans un fossé glissant de jours. Et ils sont là à fouiller leur mot. Viens, écoute, l'ami avance et le silence se remplit. 06.06.2016.
Commentaires (2)
Texte magnifique ATOS, à lire et relire. Du grand art.
Merci VVal, merci pour toutes tes lectures . Amitiés.
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