Poème
Les nuages
par Léon DIERX
Couché sur le dos, dans le vert gazon, Je me baigne d'ombre et de quiétude. Mes yeux ont enfin perdu l'habitude Du spectacle humain qui clôt la prison Du vieil horizon. Là-bas, sur mon front passent les nuages. Qu'ils sont beaux, mon âme ! et qu'ils sont légers, Ces lointains amis des calmes bergers ! S'en vont-ils portant de divins messages, Ces blancs messagers ? Comme ils glissent vite ! - Et je pense aux femmes Dont la vague image en nous flotte et fuit. Le vent amoureux qui de près les suit Disperse ou confond leurs fluides trames ; On dirait des âmes ! Rassemblant l'essor des désirs épars, Ivre du céleste et dernier voyage, À quelque âme errante unie au passage, Mon âme ! là-haut, tu me fuis, tu pars Comme un blanc nuage !
Commentaires (1)
J'ai rêvé que j'étais devenu un nuage, Et je me nourrissais de photons savoureux Tout en accompagnant les vents aventureux Qui m'avaient éloigné de la mer et des plages. *** Tout était nouveauté, en ce premier voyage, La ville minérale ou le bocage ombreux, L'aigle en sa solitude ou les humains nombreux, Et les mille détails de chaque paysage. *** Mais ma force a décru, soudain, l'autre matin. Il manquait la moitié de mon corps de satin Et, presque à chaque instant, je perdais quelques grammes. *** C'est notre sort à tous, prenons-le patiemment, Nuage pour toujours n'est pas au firmament, Aux jardins franciliens je déverse mon âme.
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