Poème
Les corbeaux
par Arthur RIMBAUD
Seigneur, quand froide est la prairie, Quand dans les hameaux abattus, Les longs angelus se sont tus... Sur la nature défleurie Faites s'abattre des grands cieux Les chers corbeaux délicieux. Armée étrange aux cris sévères, Les vents froids attaquent vos nids ! Vous, le long des fleuves jaunis, Sur les routes aux vieux calvaires, Sur les fossés et sur les trous Dispersez-vous, ralliez-vous ! Par milliers, sur les champs de France, Où dorment des morts d'avant-hier, Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver, Pour que chaque passant repense ! Sois donc le crieur du devoir, Ô notre funèbre oiseau noir ! Mais, saints du ciel, en haut du chêne, Mât perdu dans le soir charmé, Laissez les fauvettes de mai Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne, Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir, La défaite sans avenir.
Commentaires (1)
Noir sur blanc -------- Au pâturage blanc, la noirceur des corbeaux Semble une illustration pour un recueil de fables. Ils cherchent à manger dans le froid redoutable; Sous le soleil naissant, les voilà presque beaux. Ils parviennent souvent à tirer du tombeau Un insecte bien gras, pitance délectable. Si je voulais montrer leur démarche ineffable, Je devrais emprunter de son encre à Rimbaud, Mais plus modestement, j’use de mon clavier Pour peindre les frimas de ce mois de janvier, Dont le ciel cependant est d’humeur rayonnante. Bientôt le pâturage à nouveau sera vert, Alors j’emprunterai une plume à Prévert Pour montrer des corbeaux les manières charmantes.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.