Poème
Les colombes
par Albert SAMAIN
Partout la mer unique étreint l'horizon nu, L'horizon désastreux où la vieille arche flotte ; Au pied du mât penchant l'Espérance grelotte, Croisant ses bras transis sur son coeur ingénu. Depuis mille et mille ans pareils, le soir venu, L'Ame assise à la barre, immobile pilote, Regarde éperdument dans l'ombre qui sanglote Ses colombes s'enfuir vers le port inconnu. Elles s'en vont là-bas, éparpillant leurs plumes A travers le vent fou qui les cingle d'écumes, Ivres du vol sublime enfermé dans leurs flancs ; Et, chaque lendemain, au jour blême et cynique, L'arche voit surnager leurs doux cadavres blancs, Les deux ailes en croix sur la mer ironique.
Commentaires (2)
Sagesse des colombes ------------------------- La colombe d'argent consulte l'azur nu : Elle y croit discerner la menace qui flotte ; Déjà sévit le froid, sous lequel on grelotte : Faudra-t-il donc voler vers des lieux inconnus ? Le lion d'or de l'Afrique est, ce matin, venu ; Il voyagea de nuit, aux cris de la hulotte, Que d'ailleurs il comprend, car il est polyglotte. Avec Dame Colombe il s'est entretenu. L'oiseau disait, songeur, en se lissant les plumes ; -- Cet horizon paisible a des reflets d'écume, Or, j'y vois un présage, et le crois inquiétant. Le roi des animaux, de sa voix qui rassure, A calmé le tourment de la colombe pure : -- Ce n'est rien ; c'est, dit-il, l'annonce du printemps.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2015/02/10/sagesse-de-la-colombe/
Connecte-toi pour laisser un commentaire.