Poème
Le temps perdu
par René-François SULLY PRUDHOMME
Si peu d'oeuvres pour tant de fatigue et d'ennui ! De stériles soucis notre journée est pleine : Leur meute sans pitié nous chasse à perdre haleine, Nous pousse, nous dévore, et l'heure utile a fui... "Demain ! J'irai demain voir ce pauvre chez lui, "Demain je reprendrai ce livre ouvert à peine, "Demain je te dirai, mon âme, où je te mène, "Demain je serai juste et fort... pas aujourd'hui." Aujourd'hui, que de soins, de pas et de visites ! Oh ! L'implacable essaim des devoirs parasites Qui pullulent autour de nos tasses de thé ! Ainsi chôment le coeur, la pensée et le livre, Et, pendant qu'on se tue à différer de vivre, Le vrai devoir dans l'ombre attend la volonté.
Commentaires (2)
Sans rechercher le temps perdu PdP 12-4-13 ------------------------------------- Le temps jamais ne parle, et n’a point de visage. Il nous défait, sans même entreprendre un combat ; Comme dans la tourmente un vieil arbre s’abat, Laissant indifférent l’agreste paysage. À chacun d’entre nous d’accepter ses ravages. En quittant nos régions, nous ne le fuyons pas ; Le sombre métronome, allant d’un grave pas, Se fait entendre aussi sur les lointains rivages. En arrière de nous est un temps déjà long, Nous en avons perdu les plus anciens jalons, Premières excursions et premiers pas de danse. Acceptons ce déclin, c’est le jeu, c’est la loi. Restent quelques sonnets, qui sont de peu de poids, Pour servir de témoin à nos brèves présences.
Voir aussi http://paysdepoesie.wordpress.com/?s=%22le+temps%22
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