Poème
Le Sable du sablier
Sur le Danube en février Les longs îlots d’herbe frissonnent, Ce sont des tombeaux oubliés Que la brume d’oubli couronne. Les souvenirs y sont couchés Pareils à des anges malades, Les souvenirs anges cachés Au cœur d’anciennes promenades. Le fleuve glisse bras ouverts À la poursuite d’un visage Et fait danser tête à l’envers Les amants en pèlerinage. Quand meurt aux abords de l’Été Le grand vent qui souffle d’Asie Le papillon vient grelotter Sur ces tombeaux de fantaisies. Oh ! fantaisie ! Oh ! vérité ! L’heure est partie en étrangère De ces souvenirs désertés Dont elle fut la passagère. Gardienne de ces reposoirs, La ronce, négresse en broussailles, Vient apporter ses bijoux noirs Au pied du lit des épousailles. Mais les anges n’ont d’autre ami Que ce fleuve au destin tranquille Et leurs noms se sont endormis Sous l’herbe haute de ces îles. Sur le Danube en février La mouette lourde et sauvage, Dans le sable du sablier Ensable à jamais nos images. 1945
Commentaires (6)
Merci pour ce très beau poème vraiment ! Quel dommage qu 'on la lise si peu de nos jours ! Et il en est de même pour Anna de Noailles et Marie Noël !
Sablier relativiste ---------------- L’un des jumeaux de Langevin Me prit dans son vaisseau rapide ; Au travers du cosmos limpide Il s’éloigna, puis il revint. L’autre jumeau, le bel Yvain, Reste dans sa maison, placide ; Un autre sablier se vide Auprès de ce buveur de vin. Ces deux bonshommes, réunis, Se sont de leurs loupes munis Pour dénombrer les grains de sable. Du voyageur le garde-temps N’en a pas fait tomber autant Que l’autre, c’est irréfutable.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2023/07/31/sablier-relativiste/
Pont de sable --------- Sur un fleuve égal à lui-même, Passe un pont qui n’est pas de bois ; Cet ouvrage n’a rien d’extrême, Il fut bâti comme il se doit. Toujours, quand revient le carême, On y voit passer des charrois ; Aussi pesants que des trirèmes, Véhiculant on ne sait quoi. Sur l’eau dérivent quelques barges Peu faites pour la course au large ; Nous n’en dirons rien de précis. J’entends parler de « Pont du Diable », Mais faut-il en avoir souci ? Trop de détails invérifiables.
oui moi aussi j'aime les sablés qu'ils soient normands ou bretons !
Antisablier ------- Le sable magique était sage, Qui rapidement remontait ; Ainsi les instants il comptait, Dont invisible et le passage. Parfois surgissait un présage, Le sablier s’en enchantait ; Parfois, rien ne se présentait, Neutre était du temps le visage. Un buveur commande une pinte, Contemplant la muraille peinte : Tout cela le laisse songeur. Le temps poursuit sa longue marche, Le soleil s’endort sous une arche : Un chat persécute un rongeur.
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