Poème
Le poète
par Pablo NERUDA
Avant je circulais dans la vie, un amour douloureux m'entourait: avant je retenais une petite page de quartz en clouant les yeux sur la vie. J'achetais un peu de bonté, je fréquentais le marché de la jalousie, je respirais les eaux les plus sourdes de l'envie,l'inhumaine hostilité des masques et des êtres. Le monde où je vivais était marécage marin: le fleur brusquement, le lis tout à coup me dévorait dans son frisson d'écume, et là où je posais le pied mon coeur glissait vers les dents de l'abîme. Ainsi naquit ma poésie, à peine arrachée aux orties, empoignée sur la solitude comme un châtiment, ou qui dans le jardin de l'impudeur en éloignait sa fleur la plus secrète au point de l'enterrer. Isolé donc comme l'eau noire qui vit dans ses couloirs profonds, de main en main, je coulais vers l'esseulement de chacun, vers la haine quotidienne. je sus qu'ils vivaient ainsi, en cachant la moitié des être, comme des poissons de l'océan le plus étrange, et j'aperçus la mort dans les boueuses immensités. La mort qui ouvrait portes et chemins. La Mort qui se faufilait dans les murs.
Commentaires (2)
Bonjour je viens de découvrir votre blog sur ce grand poète qui m'était totalement inconnu, hormis de nom bien entendu, je viens de lire son poème, j'ai beaucoup aimé.
El poeta ---------- Antes anduve por la vida, en medio de un amor doloroso: antes retuve una pequeña página de cuarzo clavándome los ojos en la vida. Compré bondad, estuve en el mercado de la codicia, respiré las aguas más sordas de la envidia, la inhumana hostilidad de máscaras y seres. Viví un mundo de ciénaga marina en que la flor de pronto, la azucena me devoraba en su temblor de espuma, y donde puse el pie resbaló mi alma hacia las dentaduras del abismo. Así nació mi poesía, apenas rescatada de ortigas, empuñada sobre la soledad como un castigo, o apartó en el jardín de la impudicia su más secreta flor hasta enterrarla. Aislado así como el agua sombría que vive en sus profundos corredores, corrí de mano en mano, al aislamiento de cada ser, al odio cuotidiano, Supe que así vivían, escondiendo la mitad de los seres, como peces del más extraño mar, y en las fangosas inmensidades encontré la muerte. La muerte abriendo puertas y caminos. La muerte deslizándose en los muros.
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