Poème
Le petit lièvre
par Maurice ROLLINAT
Brusque, avec un frisson De frayeur et de fièvre, On voit le petit lièvre S'échapper du buisson. Ni mouche ni pinson ; Ni pâtre avec sa chèvre, La chanson Sur la lèvre. Tremblant au moindre accroc, La barbe hérissée Et l'oreille dressée, Le timide levraut Part et se risque au trot, Car l'aube nuancée N'est pas trop Avancée. N'entend-il pas quelqu'un ? Non ! ce n'est que la brise Qui caresse et qui grise Son petit corps à jeun. Et dans le taillis brun Le fou s'aromatise Au parfum Du cytise. Dans le matin pâlot, Leste et troussant sa queue, Il fait plus d'une lieue D'un seul trait, au galop. Il s'arrête au solo Du joli hoche-queue, Près de l'eau Verte et bleue. Terrains mous, terrains durs, En tout lieu son pied trotte : Et poudreux, plein de crotte, Ce rôdeur des blés mûrs Hante les trous obscurs Où la source chevrote, Les vieux murs Et la grotte. L'aube suspend ses pleurs Au treillis des barrières, Et sur l'eau des carrières Fait flotter ses couleurs. Et les bois roucouleurs, L'herbe des fondrières Et les fleurs Des clairières, L'if qui se rabougrit, Le roc vêtu d'ouate Où le genêt s'emboîte, La forêt qui maigrit, La mare qui tarit, L'ornière creuse et moite : Tout sourit Et miroite. Et dans le champ vermeil Où s'épuise la sève, Le lièvre blotti rêve D'un laurier sans pareil ; Et toujours en éveil Il renifle sans trêve Au soleil Qui se lève.
Commentaires (5)
Lièvre du Yin et lièvre du Yang --------------------------- C’est le lièvre du Yin, le plus timide au monde, Qui sous les projecteurs ne veut point figurer ; Et de lui, l’on entend des propos mesurés, Qui rigoureusement sur le bon sens se fondent. C’est le lièvre du Yang à la verte faconde Qui d’être le meilleur est toujours assuré ; Il marche, triomphant, sous le ciel azuré, Auprès de la montagne ou de la mer profonde. Aucun de ces deux-là ne veut qu’on le dorlote ; Mais chacun volontiers avec l’autre complote, Prenant conseil, parfois, d’un vénérable porc. Préférer l’un des deux, ce serait arbitraire, De n’en aimer aucun, certes, l’on aurait tort ; L’univers s’enrichit des deux lèvres contraires.
Merci à Curare qui a remarqué que dans le dernier vers, les deux «lièvres» deviennent deux «lèvres».
J'ai voulu goutter La brume sur mes lèvres Dernier jour de Mai _
Dame Cabrette ------------ C’est la chèvre sans maître, elle vit loin du monde, Elle est sur un blason digne de figurer ; On ne lui connaît point d’orgueil démesuré, Elle dont l’existence en modestie se fonde. Ne cultivant jamais l’inutile faconde, Elle tient cependant des propos assurés ; Elle parle aux oiseaux, ceux du ciel azuré Et ceux qui sont cachés dans la forêt profonde. Elle a quelques enfants qu’elle soigne et dorlote, Qui savent se tenir et jamais ne complotent, Savourant les propos de leur cousin, le porc. La chèvre, qui jamais ne fait rien d’arbitraire, À nul autre animal ne veut causer de tort ; Aucun de ses voisins ne lui sera contraire.
Revanche de la tortue ---------- Tu ne cours plus autant, compère, une fois vieux, Tu ne tires plus rien de tes jambes de lièvre ; Moi, je vais mieux que toi, j’ai le sourire aux lèvres, Mon médecin me dit que tout va pour le mieux. Un petit nombre d’ans te donnèrent les dieux, Une brève jeunesse aussi, pleine de fièvre ; Certes, nos créateurs ne sont pas des orfèvres, Ils ont même du mal pour ordonner les cieux. Te voilà donc perdant, mais sois sans amertume, Les plaisirs d’une vie ne sont que de la brume ; Nous souffrons un peu moins pendant notre sommeil. Seras-tu consolé par une adolescente ? Mieux vaut t’épanouir de façon plus décente, Contente-toi d’aimer la lune et le soleil.
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