Poème
Le parfum
Lecteur, as-tu quelquefois respiré Avec ivresse et lente gourmandise Ce grain d'encens qui remplit une église, Ou d'un sachet le musc invétéré ? Charme profond, magique, dont nous grise Dans le présent le passé restauré ! Ainsi l'amant sur un corps adoré Du souvenir cueille la fleur exquise. De ses cheveux élastiques et lourds, Vivant sachet, encensoir de l'alcôve, Une senteur montait, sauvage et fauve, Et des habits, mousseline ou velours, Tout imprégnés de sa jeunesse pure, Se dégageait un parfum de fourrure.
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Apothicaire alchimiste ------------------------ L’alchimiste a lentement préparé, En montrant même un peu de gourmandise, Une potion qui sent la vieille église, Ou d’un sous-bois le parfum éthéré. C’est la potion dont lui-même se grise Et dont il peut aussi se restaurer ; Elle est formée d’insectes mordorés, De chocolat, de lait, de fleurs exquises. Poudre écrasée au creux d’un mortier lourd, Jus fermenté au secret d’une alcôve, Une senteur de fruit, sauvage et fauve, Sur l’estomac, ce philtre est un velours, Tout imprégné d’une sagesse pure, Mais son effet pas bien longtemps ne dure.
Griffon métaphysicien ------------------- Ce griffon fut habile à comparer Plusieurs concepts, il les relativise ; Il contredit les princes de l’Église, il se complaît dans un monde éthéré. Il indispose une éminence grise, Car son discours n’est pas édulcoré ; Un clin d’oeil leste, un verbe coloré, Trop de finesse aussi dans l’analyse. Son adversaire est un prélat fort lourd Et coutumier du bar et de l’alcôve ; Bien dangereux, ainsi que sont les fauves. Trop tranchante est sa langue de velours, Son coeur est plein de rhétorique pure ; Cet homme doux dit des paroles dures.
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