Poème
Le Matin
Œuvres poétiques - Première partie
Ode L'Aurore sur le front du jour Sème l'azur, l'or et l'ivoire, Et le Soleil, lassé de boire, Commence son oblique tour. Les chevaux, au sortir de l'onde De flamme et de clarté couverts, La bouche et les naseaux ouverts, Ronflent la lumière du monde. La Lune fuit devant nos yeux, La nuit a retiré ses voiles, Peu à peu le front des étoiles S'unit à la couleur des cieux. Déjà la diligente avette Boit la marjolaine et le thym, Et revient riche du butin Qu'elle a pris sur le mont Hymette. Je vois le généreux lion Qui sort de sa demeure creuse Hérissant sa perruque affreuse Qui fait fuir Endymion. Sa dame, entrant dans les bocages Compte les sangliers qu'elle a pris, Ou dévale chez les esprits Errant aux sombres marécages. Je vois les agneaux bondissants Sur ces blés qui ne font que naître: Cloris chantant les mène paître Parmi ces coteaux verdissants. Les oiseaux d'un joyeux ramage En chantant semblent adorer La lumière qui vient dorer Leur cabinet et leur plumage. La charrue écorche la plaine, Le bouvier qui suit les sillons Presse de voix et d'aiguillons Le couple des bœufs qui l'entraîne. Alix apprête son fuseau, Sa mère qui lui fait la tâche Presse le chanvre qu'elle attache À sa quenouille de roseau. Une confuse violence Trouble le calme de la nuit, Et la lumière avec le bruit Dissipe l'ombre et le silence. Alidor cherche à son réveil L'ombre d'Iris qu'il a baisée, Et pleure en son âme abusée La fuite d'un si doux sommeil. Les bêtes sont dans leur tanière, Qui tremblent de voir le Soleil; L'homme remis par le sommeil Reprend son œuvre coutumière. Le forgeron est au fourneau: Ois comme le charbon s'allume: Le fer rouge dessus l'enclume Etincelle sous le marteau. Cette chandelle semble morte, Le jour la fait évanouir; Le Soleil vient nous éblouir: Vois qu'il passe au travers la porte. Il est jour, levons-nous, Philis; Allons à notre jardinage Voir s'il est comme ton visage Semé de roses et de lys.
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