Poème
Le Lièvre et la Tortue
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage. Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Etes-vous sage ? Repartit l'animal léger. Ma commère, il vous faut purger Avec quatre grains d'ellébore. - Sage ou non, je parie encore. Ainsi fut fait : et de tous deux On mit près du but les enjeux : Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire, Ni de quel juge l'on convint. Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ; J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes, Et leur fait arpenter les landes. Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter, Pour dormir, et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la Tortue Aller son train de Sénateur. Elle part, elle s'évertue ; Elle se hâte avec lenteur. Lui cependant méprise une telle victoire, Tient la gageure à peu de gloire, Croit qu'il y va de son honneur De partir tard. Il broute, il se repose, Il s'amuse à toute autre chose Qu'à la gageure. A la fin quand il vit Que l'autre touchait presque au bout de la carrière, Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit Furent vains : la Tortue arriva la première. Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? De quoi vous sert votre vitesse ? Moi, l'emporter ! et que serait-ce Si vous portiez une maison ?
Commentaires (4)
Compère lévrier, camarade tatou, De quelle vérité portez-vous témoignage ? L’un de vous est fort vif, tel est son apanage, Mais l’autre a sûrement d’aussi puissants atouts. * Vous étiez l’autre jour, du côté de Chatou, Sur un bel hippodrome aux élégants virages. Lévrier, je t’ai vu explorer les parages, Allant jusqu’à flairer la piste d’un matou. * Jacques Perry-Salkow, tout en vous observant, Les lettres de vos noms s’en allait permutant ; C’est un hobby auquel, souvent, il s’évertue. * «Le lévrier», dit-il, et «le tatou», ces mots Vont pouvoir engendrer deux autres animaux Que nous connaissons bien : le lièvre et la tortue.
Pour jouir des vertus qu’on prête à la revanche, notre lièvre convie dame tortue à la deuxième manche. ― Mais pourquoi t’obstiner à porter à dos ton cercueil ? lui lança-t-il au seuil du départ, alors que la fraîcheur de ton teint n’en justifie pas l’usage avant longtemps ! Crains-tu donc à ce point quelque issue funeste à chacun de tes pas ? Laisse-là ce fardeau à qui goûte au trépas. Ton allure, vois-tu, n’en sera que plus vive ! ( et surtout me fera moins t’attendre au but...) ― Vous m’attendez déjà, vous qui n’avez pourtant que votre langue à porter ? lui répond-elle à mi-parcours, l’ayant rejoint au fleuve à franchir, le bac étant en grève et la grève... illimitée. Celui qu’on n’a pas fait nageur voit l’autre arriver seule au but, et, fort patiente l’attendre encore.
Voir aussi https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/08/11/le-levrier-et-le-tatou/
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