Poème
Le Havre morte-ville
par Jacques PREVEL
Le Havre morte-ville Il ne me reste rien de toi Tu lègues ta gloire à des monstres Il ne reste rien Ni de Guillaume Tell Ni du café Prader ni du café Gustave Ni du café de la poste L'on chercherait en vain Jules Tellier et son buste Dans le square défoncé Démente horreur Moi je t'ai connue Morte-ville Qui lègue ta gloire à des monstres Et j'habite tes ruines J'habite la mitraille Et mon premier amour n'est plus N'est plus que sarcasmes Mon premier amour -Pension Mimosa- Café de la Chaussée, hôtel de Chillou Mon premier amour n'est plus que pleurs et larmes Tu étais nue si belle mon cœur battait Et le bruit de la mer Berceuse et furie l'eau des larmes L'eau des regrets Qui me reconnaîtra parmi les monstres Je reviendrai Je ne serai plus qu'une ombre Tu es morte Comme Dieu est mort en moi et je suis crucifié Cité morte je suis ravagé Le vent souffle la pluie ruisselle Et ce qu'elle dit est comme ta voix à dix-huit ans Ta voix de petite fille blessée Mais Dieu est mort en moi Cité morte Et notre amour est mort. Sanatorium de Sainte-Feyre, 5 avril 1951
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