Poème
Le couvercle
En quelque lieu qu'il aille, ou sur mer ou sur terre, Sous un climat de flamme ou sous un soleil blanc, Serviteur de Jésus, courtisan de Cythère, Mendiant ténébreux ou Crésus rutilant, Citadin, campagnard, vagabond, sédentaire, Que son petit cerveau soit actif ou soit lent, Partout l'homme subit la terreur du mystère, Et ne regarde en haut qu'avec un oeil tremblant. En haut, le Ciel ! ce mur de caveau qui l'étouffe, Plafond illuminé par un opéra bouffe Où chaque histrion foule un sol ensanglanté ; Terreur du libertin, espoir du fol ermite : Le Ciel ! couvercle noir de la grande marmite Où bout l'imperceptible et vaste Humanité.
Commentaires (2)
Astronautes, jadis, ayant quitté la Terre Pour aller sur la Lune où le sol paraît blanc, Auriez-vous découvert là-bas une Cythère, Un paysage empli de trésors rutilants ? Fûtes-vous tentés d'être, en ces lieux, sédentaires Dans la nuit prolongée et le jour un peu lent, De peupler ce bel astre au séduisant mystère D'où l'on voit notre monde avec un coeur tremblant ? Où, si l'on n'y prend garde, assez vite, on étouffe, Où l'on ne choisit point ce qu'on boit, ce qu'on bouffe, Où le moindre cratère est un endroit hanté ; Point ne sont devenus de lunaires ermites, Mais ils salent parfois la soupe en leur marmite D'un peu de sel très fin qu'ils en ont rapporté.
Je chemin' sur la terre en long surpelis blanc, pélerins pour Cythère s'en vont plus rutilants mais semi-sédentaire, ne cours je qu'à pas lents, cultivant mon mystère sous des rameaux tremblants. Redoutant tout étouffe- chrétien, jamais ne bouffe de bête ensanglantée (même un bernard-l'hermite) mais bourris ma marmite avec humanité.
Connecte-toi pour laisser un commentaire.