Poème
Le Cimetière
par Robert DESNOS
Ici sera ma tombe, et pas ailleurs, sous ces trois arbres. J’en cueille les premières feuilles du printemps Entre un socle de granit et une colonne de marbre. J’en cueille les premières feuilles du printemps, Mais d’autres feuilles se nourriront de l’heureuse pourriture De ce corps qui vivra, s’il le peut, cent mille ans. Mais d’autres feuilles se nourriront de l’heureuse pourriture, Mais d’autres feuilles se noirciront Sous la plume de ceux qui content leurs aventures. Mais d’autres feuilles se noirciront D’une encre plus liquide que le sang et l’eau des fontaines : Testaments non observés, paroles perdues au-delà des monts. D’une encre plus liquide que le sang et l’eau des fontaines Puis-je défendre ma mémoire contre l’oubli Comme une seiche qui s’enfuit à perdre sang, à perdre haleine ? Puis-je défendre ma mémoire contre l’oubli ?
Commentaires (4)
Le printemps reviendra ------------------------ Au cimetière, on voit des arbres, Ils sont verts au printemps ; Comme ils ombragent bien les marbres, Mais aussi les vivants ! Nourrissez-vous de pourriture, Insectes du sous-sol ; Ou bien, partez à l'aventure Parmi les tournesols. Moi, j'irai boire à la fontaine Qui procure l'oubli : Car ma jeunesse est trop lointaine, Mon printemps aboli.
Solivore ----------- Au matin, je descends des arbres, J'observe les fleurs du printemps ; Mon bec est dur comme du marbre, Terreur des morts et des vivants. Je ne vis pas de pourriture, Ni des insectes du sous-sol ; Mais, bien souvent, je m'aventure À dévorer des tournesols. Puis, je vais boire, à la fontaine, Le vin qui procure l'oubli : La source n'est pas si lointaine, Son charme point n'est aboli.
Deux arbres en lisière -------------------------- Le face-à face entre deux arbres, Chaque année, débute au printemps ; Les oiseaux ne sont pas de marbre, Même, ce sont de bons vivants. Quand ils ont de la nourriture, Ils ne creusent pas le sous-sol ; Bien trop heureux si, d'aventure, Je leur offrais du tournesol. Prenant leur tour à la fontaine Dont le flot n'est pas affaibli, Ils revoient l'époque lointaine Où tout cela s'est établi.
. Pour mon propre tombeau, je ne refuse pas. .
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