Poème
Le bon apôtre
par Jules LAFORGUE
Nous avons beau baver nos plus fières salives, Leurs yeux sont tout ! Ils rêvent d'aumônes furtives ! Ô chairs de sœurs, ciboires de bonheur! On peut Blaguer, la paire est là; comme un et un font deux. - Mais ces yeux, plus on va, se fardent de mystère ! - Eh bien, travaillons à les ramener sur Terre ! - Ah! la chasteté n'est en fleur qu'en souvenir ! - Mais ceux qui l'ont cueillie en renaissent martyrs! Martyres mutuels! de frère à sœur, sans Père ! Comment ne voit-on pas que c'est là notre terre? Et qu'il n'y a que ça! que le reste est impôts Dont nous n'avons pas même à chercher l'à-propos ! Il faut répéter ces choses ! Il faut qu'on tette Ces choses! jusqu'à ce que la Terre se mette, Voyant enfin que Tout vivotte sans Témoin, À vivre aussi pour Elle, et dans son petit coin ! Et c'est bien dans ce sens, moi, qu'au lieu de me taire, Je persiste à narrer mes petites affaires.
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