Poème
Le bar
par Antonin ARTAUD
Il y aura encor de petits bars canaille Avec des viandes d’Extême-Orient Pour abriter ce nouvel an. De petits bars avec des marins légendaires Dont les pipes consumeront d’anciens poisons Des bars légers avec les fumées qui les gonflent De petits bars évanouis dans l’aube claire. Des bars où tourne le soleil et son train Dans la laque rougie et profonde des verres ; Des bars aux tables animées, aux vitres mortes Où ne trempera pas le nez des facultés. Car il y a d’autres poisons pour corroder L’Arbre Vivant de nos fibres près d’éclore, Il a des vins violents comme des catastrophes Que n’ont pas secrétés les vignes d’ici-bas. Salut ô bar qui nous délivres des poisons Des misères et des douleurs et des alarmes En nous jetant dans la nudité de nos âmes Sur des grèves où les tourments n’arrivent pas. Un silence te garde et nous protège, un froid Silence où ne s’égare pas la médecine, Un silence qui nous guérit dans la morphine Sans ordonnances ni décrets.
Commentaires (4)
Bar d'Antonin ------------------- La muse d'Antonin lui parle en sa taverne. Il préfère écouter les récits d'un marin, Les propos décousus d'un nouveau Tabarin, Ou ceux d'un inconnu, lecteur de Jules Verne. La muse d'Antonin rêve, et le laisse boire. Le soleil de midi le faisant transpirer, Il n'aurait pas envie, en plus, d'être inspiré ! Sans écrire, on boit mieux, cette chose est notoire. La muse d'Antonin songe à de verts alpages. Mais lui, sans rien, d'ailleurs, y trouver de nouveau, Regarde défiler les eaux du caniveau ; Et puis, demain, peut-être, il écrira deux pages. La muse d'Antonin Attend qu'on soit demain.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2014/10/03/bar-dantonin/
dans les bars parallèles.. artaud art tôt dit tôt fait !
Arche de la taverne ---------- Je bois sous une voûte verte, En taverne, à l’orée du bois ; La tavernière, auprès de moi, Très agréablement disserte. Le vieux tavernier, presque inerte, Réfléchit à je ne sais quo ; Sans doute, aux clients d’autrefois, À qui fut tant de bière offerte. Tout au long de l’après-midi Des propos sont dits et redits ; Des commentaires de nos vies. Une chope est pleine à ras bord, Qui juste vient d’’être servie , Buvons un coup, mille sabords !
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