Poème
L'Arrivée du catalogue
par Paul VERLAINE
L’amateur reçoit son courrier ! fiévreusement, Même avant de toucher aux plis qu’il sait intimes, Il court aux Catalogues et, rapidement, Non encore rabidement, sans trop de crimes Projetés ou conçus pour l’amour de sublimes Emplettes, et voici qu’il tombe, justement ! Sur celui du libraire aux malices ultimes Qui ne vend pas trop cher pour vendre sûrement, Et d’une main fiévreuse, mais honnête, dame, On est honnête ! et comme il a vu tel bouquin, Qu’il convoite depuis... tant d’ans ! un vrai béguin ! Il envoie au Négociant un télégramme : « Gardez-Le-moi. » — « C’est fait », répond avant la nuit Un petit bleu. Le bon Client s’évanouit.
Commentaires (3)
On chasse le vieux livre, on s'y prend patiemment. Scrutant l'empilement jusqu'à l'instable cime, Poussant le bouquiniste en son retranchement, On cherche le trésor que si fort on estime. Le livre toutefois, caché sournoisement Dans le fond d'un tiroir, sait qu'il est rarissime Et ne se montre point. Mais au bout d'un moment, Il convient que l'on peut s'afficher magnanime ; Il surgit, au grand jour. Le bon client s'exclame : « C'est toi ! je t'ai cherché, remarquable bouquin, Et je te trouve ici ! Allons ! Petit coquin ! Depuis trente ans, je vois ton nom sur mon programme De lecture, et je vais te lire cette nuit. » (Le lisant, il n'en est que faiblement séduit).
J'ai ouvert la porte Du livre de Confucius Pour me sentir vide_
Confucius sourit En ajoutant dans son texte Un éclat de vide.
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