Poème
La voix du soir
par Charles GUÉRIN
La voix du soir est sainte et forte, Lourde de songe et de parfums, Et son flot d'ombre me rapporte La cendre des espoirs défunts. J'ai dit à l'amour qu'il s'en aille, Et son pas d'aube, je l'écoute Qui dans la gaieté des sonnailles S'étouffe au tournant de la route. La douceur de ce soir témoigne De la bonté calme des choses. Je voudrais vivre ! qu'on éloigne Le vin où macèrent des roses, Qu'on éloigne les mots subtils, Les rythmes triples en tiares, Les stylets stellés de béryls Et les simarres d'or barbares. Je suis las des perversités, Je voudrais que mon âme lasse Redevienne enfant des cités Où le lys règne sur les places, Que mon âme d'ombre délaisse Les jardins de ronces haineuses, Et laisse l'orgueil pour l'humblesse Et redevienne lumineuse. Le ciel est tendu d'améthyste, Et maints péchés sont déliés... Je songe un livre de pitié Pour les âmes simples et tristes.
Commentaires (1)
Je chante dans la paix du soir. Ma chanson n'a rien de mystique, Je regarde s'il va pleuvoir Sur les toits de la basilique. Il me semble entendre la voix À la fois grave et triomphale, Des grands archanges d'autrefois, Chassant la froidure hivernale. Et dans mon fief de Saint-Denis Montent les rumeurs familières. Il faut que je fasse mon lit, Faut que je règle la chaudière. J'aime ce monde familier Toute mon âme en est éprise, Je parle aux voisins de palier Dans la lumière déjà grise. Puis nous partageons des boissons. Le soleil rouge comme braise S'enfonce au fond de l'horizon. Les rumeurs du quartier se taisent. Le regard des astres lointains Eclaire les gens et les choses. Il fera jour demain matin, Quand surgira un soleil rose.
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