Poème
La vie qu'elles me font mener
par Jules LAFORGUE
Pas moi, despotiques Vénus . Offrant sur fond d'or le Lotus Du Mal, coiffées à la Titus! Pas moi, Circées Aux yeux en grand deuil violet comme des pensées! Pas moi, binious Des Papesses des blancs Champs-Élysées des fous, Qui vous relayez de musiques Par le calvaire de techniques Des sacrilèges domestiques! Le mal m'est trop! tant que l'Amour S'échange par le temps qui court Simple et sans foi comme un bonjour, Des jamais franches À celles dont le Sort vient le poing sur la hanche, Et que s'éteint La Rosace du Temple, à voir, dans le satin, Ces sexes livrés à la grosse Courir, en valsant, vers la Fosse Commune des Modernes Noces. Ô Rosace! leurs charmants yeux C'est des vains cadrans d'émail bleu Qui marquent l'heure que l'on veut, Non des pétales, De ton Soleil des Basiliques Nuptiales! Au premier mot, Peut-être (on est si distinguée à fleur de peau!) Elles vont tomber en syncope Avec des regards d'antilope; - Mais tout leur être est interlope ! Tu veux pas fleurir fraternel ? C'est bon, on te prendra tel quel, Petit mammifère usuel ! Même la blague Me chaut peu de te passer au doigt une bague. - Oh! quel grand deuil, Pourtant! leur ferait voir leur frère d'un autre œil! Voir un égal d'amour en l'homme Et non une bête de somme Là pour lui remuer des sommes ! Quoi ? vais-je prendre un air géant, Et faire appeler le Néant? Non, non; ce n'est pas bienséant. Je me promène Parmi les sommités des colonies humaines; Du bout du doigt Je feuillette les versions de l'Unique Loi, Et je vivotte, et m'inocule Les grands airs gris du crépuscule, Et j'en garule ! et j'en garule !
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