Poème
La Statue
par Germain NOUVEAU
Parmi les marbres qu'on renomme Sous le ciel d'Athène ou de Rome, Je prends le plus pur, le plus blanc, Je le taille et puis je l'étale Dans ta pose d'Horizontale Soulevée... un peu... sur le flanc... Voici la tête qui se dresse, Qu'une ample chevelure presse, Le cou blanc, dont le pur contour Rappelle à l'oeil qui le contemple Une colonne, au front d'un temple, Le plus beau temple de l'Amour ! Voici la gorge féminine, Le bout des seins sur la poitrine Délicatement accusé, Les épaules, le dos, le ventre Où le nombril se renfle et rentre Comme un tourbillon apaisé. Voici le bras plein qui s'allonge ; Voici, comme on les voit en songe, Les deux petites mains d'Eros, Le bassin immense, les hanches, Et les adorablement blanches Et fermes fesses de Paros. Voici le mont au fond des cuisses Les plus fortes pour que tu puisses Porter les neuf mois de l'enfant ; Et voici tes jambes parfaites... Et, pour les sonnets des poètes, Voici votre pied triomphant. Pas plus grande que Cléopâtre Pour qui deux peuples vont se battre, Voici la Femme dont le corps Fait sur les gestes et les signes Courir la musique des lignes En de magnifiques accords. Je m'élance comme un barbare, J'abats la tête, le pied rare, Les mains... et puis... au bout d'un an... Lorsque sa gloire est colossale, Je la dispose en une salle, La plus riche du Vatican.
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Apothéose de Dupanloup -------------------------- Dupanloup ! Ça, ce fut un homme ! Devenu l’évêque de Rome, Il paradait en habit blanc, Visitant l’immeuble où s’étale Une luxure horizontale Qui dévoile ses vastes flancs. Voyez sa gloire qui se dresse Lorsqu’une compagne s’empresse ! Admirez-en le fier contour : Le poète qui la contemple Songe à la colonne d’un temple Où Priape enseigne l’amour. Car, en compagnie féminine, Le coeur qui bat dans sa poitrine Ne peut jamais être accusé De faiblesse, et non plus son ventre Dans lequel tant de festins entrent, Pour une fringale apaiser. La gloire qui croît et s’allonge Semble un monstre, un être de songe ; Sous le pensif regard d’Eros, Dupanloup aux puissantes hanches Traverse plus d’une nuit blanche, Et ça reste aussi dur qu’un os. Dupanloup aux robustes cuisses N’épargne point les Gardes suisses (Mais il ne leur fait point d’enfants) ; Il vante leur forme parfaite, Leur inspiration de poètes Qui fait leurs matins triomphants. À Rome, autrefois, Cléopâtre Usait, sans se laisser abattre, Des puissants charmes de son corps ; Mais Dupanloup s’en montre digne, Ce n’est point là son chant du cygne, Ce sont de magistraux accords. Dupanloup d’est point un barbare, Il sait goûter les plaisirs rares ; Il fait la fête au jour de l’an : Il mène une orgie colossale Dans la profondeur abyssale D’une cave du Vatican.
Voir https://paysdepoesie.wordpress.com/2014/03/19/dupanloup-papal/
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