Poème
La Prison
par Léon DIERX
Comme les hauts piliers des vieilles cathédrales, Ô rêves de mon cœur, vous montez ! Et je vois L'ancien encens encore endormir ses spirales À l'ombre de vos nefs, ô rêves d'autrefois ! Comme un orgue dompté par des mains magistrales, Ô ma longue douleur ! Je t'écoute ; et ta voix Murmure encor l'écho des plaintes et des râles Que j'ai depuis longtemps étouffés sous mes doigts ! — Allons ! Prêtre enfermé qui saignas sous l'insulte, N'as-tu pas renié ton église et ton culte, Et brisé l'encensoir aux murs de ta prison ? Debout ! étends les bras sans fermer les paupières ! Qu'ils croulent, ces arceaux dont tu sculptas les pierres, Dût leur poids t'écraser du coup, comme Samson !
Commentaires (2)
Moulin démesuré ----------- Ce grand moulin se prend pour une cathédrale, Il se voudrait aussi défenseur de la foi ; Mais j’y entends, la nuit, des chansons sépulcrales Capables d’effrayer les défunts d’autrefois. Le meunier dit des vers d’une voix magistrale, Ainsi que des dictons en langue des Gaulois ; Ça fait fuir les démons jusqu’à la voûte astrale Dont inutilement ils contestent les lois. Jusqu’au petit matin j’écoute leurs insultes, Mais je n’y comprends rien, c’est un langage occulte, J’en viens à préférer leurs ignobles chansons. Quand vient le grand soleil, ils ferment leurs paupières, Ils restent sans bouger sous le vieux Pont de Pierre ; Avec moi le meunier partage une boisson.
Cathédrale de la farine -------- Sans la grosse meule, Corps du fils du charpentier, Où donc serais-tu ?
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