Poème
La pomme et l'escargot
par Charles VILDRAC
Il y avait une pomme A la cime d'un pommier; Un grand coup de vent d'automne La fit tomber sur le pré ! Pomme, pomme, T'es-tu fait mal ? J'ai le menton en marmelade Le nez fendu Et l'oeil poché ! Elle tomba, quel dommage, Sur un petit escargot Qui s'en allait au village Sa demeure sur le dos Ah ! stupide créature Gémit l'animal cornu T'as défoncé ma toiture Et me voici faible et nu. Dans la pomme à demi blette L'escargot, comme un gros ver Rongea, creusa sa chambrette Afin d'y passer l'hiver. Ah ! mange-moi, dit la pomme, puisque c'est là mon destin; par testament je te nomme héritier de mes pépins. Tu les mettras dans la terre Vers le mois de février, Il en sortira, j'espère, De jolis petits pommiers.
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Tu vis dans les jardins, où je te vois errer. Aucun désir violent ou sombre ne te hante. Tu montes sur les murs de ton allure lente ; Escargot, mon ami, je veux te célébrer. Même quand je te vois en train de galérer, Tu ne lances jamais de plainte déchirante. Tu rayonnes de joie sous une pluie battante Et tu peuples de vie le sol enténébré. Que viennent la disette et les temps de malheur, Cette sérénité restera dans ton coeur. Quand te sera, plus tard, l'existence ravie, Quand tu seras noyé dans cette nuit sans fond, Ta conscience dira, sans émettre aucun son : Escargot, escargot, qu'as-tu fait de ta vie ?
Très très bien
Les anges planent ----------------- Au temps où fut croquée la pomme, Chantèrent les Anges d’Enfer ; Mais d’autres furent moins pervers, Ceux-là qu’« Anges du Ciel » tu nommes. Le triste exilé fit un somme, Il revit les feuillages verts ; Il retrouva son univers, Ce coupable, Adam, ce pauvre homme. Par la suite, il se recueillit, Comprenant qu’il avait failli ; Il a perdu sa langue, il pense. Il n’accuse pas le serpent, Mais son propre désir rampant ; D’un ange il entend le silence.
Pomme grise -------- Moi, je n’ai rien fait, dit la pomme, Je n’irai donc pas en enfer ; Un fruit n’a nul penchant pervers, Jamais pécheurs on ne nous nomme. Toujours nous restons où nous sommes; Ceux qui sont mûrs, ceux qui sont verts ; La branche, c’est notre univers, De haut nous regardons les hommes. Aussitôt qu’il nous a cueillis, L’homme est de désirs assailli, Car c’est à son plaisir qu’il pense. Pas même besoin d’un serpent Pour pervertir ce sacripant ; Sa soif de mal faire est immense.
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